Péninsule de Shiretoko – Hokkaïdo

Nous prenons le bus de bon matin pour rejoindre Kamikawa et le train qui nous emmènera jusqu’à Shiretoko-Shari, puis le bus à nouveau pour Utoro. Pendant le trajet nous faisons connaissance avec un couple de français, Sylvie et Christophe. Agés d’une quarantaine d’années, sans enfant, ils ont décidé de quitter leur boulot et leur maison pour partir en voyage autour du monde. Ça vous rappelle quelque chose, non ?😉

Cela fait 5 ans désormais qu’ils sont en mode « backpakers ». Ils ont fait le tour du monde et ils continuent de voyager, revenant parfois en France pour travailler en intérim. Pendant ces moments de pause, ils sont hébergés chez leurs parents. Pour le coup, nous en profitons pour leur demander conseils et infos, surtout pour la Nouvelle-Zélande. Contrairement à ce qu’on pensait, les Néo-Zélandais sont moins rigides que les Japonais. Ça nous rassure un peu !

Après une journée quasi complète de transport en commun (train et bus), nous arrivons à Utoro.

La péninsule de Shiretoko est l’endroit le plus sauvage de tout le Japon.  En face se trouve l’archipel des Kouriles et ses 4 îles russes proches du Kamtchatka. Le nom de Shiretoko tire son origine dans la langue du peuple Aïnou qui se traduit par « le bout du monde ». C’est aussi la porte d’entrée vers la mer d’Okhotsk pour de nombreux animaux (lions de mer, aigles, saumons…).

La péninsule concentre 80% de la population des ours bruns de l’île de Hokkaïdo. Elle est un parc national protégé depuis 1986 et fait partie du patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2005. Pour cette raison, les règles pour circuler dans le parc sont contraignantes et drastiques. Mais face aux milliers de touristes, pas d’autre choix pour protéger ce site exceptionnel. Donc on accepte de jouer le jeu avec le sourire 😁 ….enfin presque !

Cliquer sur les photos pour plus d’infos.

Utoro

Utoro est un petit village devenu en quelques années une plaque tournante du tourisme de masse. On s’en rend vite compte, même si pour le moment cela reste supportable, car nous sommes encore en juin.

La pêche y est trés présente. De notre chambre nous voyons les bateaux qui sortent en mer tous les jours.

Le port est dominé par 2 imposants rochers :

  • le Oronkoiwa Rock (nom d’origine Aïnou) – « la pierre qui se pose là ». Ce rocher fait partie d’une vieille histoire qui raconte une bataille entre d’anciennes tribus. Au sommet, à 60m de haut, on peut observer les belles fleurs indigènes de Utoro, la mer d’Okhotsk et la chaîne de montagnes de Shiretoko.
  • le Godzilla Rock (je n’explique pas pourquoi, la photo parle d’elle-même).

Les Aïnous font partie d’une ethnie différente de celle des Japonais. Ils peuplaient (entre autres) l’île de Hokkaido bien avant que les Japonais ne débarquent sur les îles du Sud. Japonais et Aïnous ont fait du commerce ensemble avant que les premiers, progressivement mais fermement, prennent possession de l’île de Hokkaido. L’île n’est totalement japonaise que depuis le 19è s. Les Aïnous vivotent grâce aux boutiques de souvenirs.

Nous passons devant des poissonneries où le poisson est accroché à une sorte d’étendoir qui tourne sur lui-même dehors. Trouver du poisson frais se révèle compliqué, car tout est fumé ici. Pour le coup, la seule solution est de se rendre dans un bon restaurant de sashimi et sushi. Et là nous sommes bien tombés. Rien que de voir le chef à l’oeuvre nous fait saliver !

Sortie en mer 

Les 1ers jours s’annoncent ensoleillés. Nous nous inscrivons pour une sortie en mer afin de tenter d’observer des ours bruns. La sortie dure 2h. Nous avons choisi la compagnie Gojiraiwa Sightseeing . Pour parcourir à pied les 300 mètres jusqu’au port, tout le monde se met naturellement en file indienne à l’appel de son nom. Le bateau n’est pas trop grand : nous sommes 25 touristes à bord. Le trajet consiste à longer une partie de la côte. Celle-ci se remarque par ses curiosités géologiques aux formes étranges et ses cascades. Il y a beaucoup de biches et de cerfs. Nous avons aussi aperçu des dauphins.

Après plusieurs approches, nous découvrons un ours brun, tranquillement en train de manger sur les pentes herbeuses. Il est énorme et nous prenons réellement conscience du danger que cela peut représenter en randonnée. L’ours brun est plus massif que l’ours noir. La population compte 800 bêtes sur l’île de Hokkaïdo, dont 600 uniquement sur la péninsule de Shiretoko. Comme il n’y a pas de pâturages avec vaches ou brebis, l’ours brun peut s’égayer sans craindre les foudres des bergers ou des habitants, peu nombreux sur Hokkaïdo. Et surtout il est difficile de le voir dans ces forêts très denses et au milieu des bambous assez hauts.

Il s’alimente surtout de plantes, de miel et de saumon. Il est rare de rencontrer des ours sur son chemin, mais les nombreuses photos au Shiretoko Goko Lakes font penser le contraire ! Le mâle peut faire entre 200 et 400kg – 1,9 à 2,3m. La femelle peut faire entre 100 et 200kg – 1,6 à 1,8m.

Même si aujourd’hui la cohabitation entre les pêcheurs et les ours se passe bien, cela n’a pas toujours été le cas. Les ours étaient attirés par la pêche des saumons et n’hésitaient pas à venir se ravitailler directement. Maintenant les pêcheurs savent comment prévenir la venue des ours et les effrayer pour qu’ils n’entrent pas sur leur territoire.

Les cinq lacs de Shiretoko

Nous prenons le bus pour visiter le site très célèbre des 5 lacs. Comme les ours sont en pleine période de rut, la visite se fait obligatoirement avec un guide qu’il faut réserver via le site du centre Shiretoko Goko Lakes

Il faut compter 5000¥ par personne. Pendant la période de mi-avril à mi-octobre, la visite n’est pas libre. Il y a le Ground Pathways qui comprend 2 chemins : un sentier de 3km en 1h (3h avec le guide) et un second de 1,6km, ou le « Elevated wooden path » (gratuit) – 1,6km – qui est un chemin surélevé en bois.

Avant de partir, nous visionnons une vidéo sur les règles à respecter pour préserver le site et que faire en cas de rencontre avec un ours brun. Ensuite nous devons passer une brosse sur les semelles de nos chaussures et bas de pantalons. Enfin nous nous badigeonnons d’anti-moustique.

Notre guide s’appelle Kenuchi Suzuki. Il parle anglais un peu comme moi. Il sait son texte, mais il ne faut pas trop poser de questions en anglais. Nous sommes 7 personnes à partir avec lui. Parmi le groupe, une Japonaise parlant très bien anglais me sert gentiment d’interprète. C’est cool !

Les 5 lacs sont répartis au sein d’une forêt dense et vierge où on peut voir avec de la chance des piverts, des cerfs et des biches, des grèbes (oiseaux) et des ours évidemment.

Nous n’avons rien vu de tout ça, si ce n’est quelques canards. Par contre nous avons eu un très bon exposé sur la faune et la flore, comment la protéger et la préserver. C’était vraiment intéressant. Avec la sortie en mer, cette promenade autour des cinq lacs fait un peu traîne-couillons, mais il faut reconnaître que les guides donnent d’eux-même et qu’au final, c’est très bien fait.

Nous sommes de retour au Visitor Center (centre d’information du parc) pour déjeuner. Les Japonais sont les rois du cellophane. Tout est emballé, sur-emballé et sursur-emballé. Par contre niveau recyclage, il y a encore du boulot !

Shiretoko National Park Nature Center

Nous avions prévu de louer des vélos et faire le sentier du Lac Rausu. Au final on prend le bus qui nous dépose au pied du sentier. Brouillard et bruine nous accueillent. Le sentier est boueux et glissant.

Nous abandonnons l’idée et décidons de reprendre le bus pour le Shiretoko National Park Nature Center. Un Japonais s’arrête et propose de nous y déposer. Yes ! Il s’appelle Okotomo. Il nous montre sur son téléphone une vidéo d’une ourse et son petit qui traversent la route. C’est assez impressionnant.

Au centre, nous avons la possibilité de faire les 2 sentiers proposés. Le 1er chemin (2h de marche A-R) passe à travers les bois et fait découvrir des constructions en bois, type chalet, occupés par les forestiers. Au bout, on débouche sur un plateau dégagé, avec vue sur les montagnes.

Le 2éme sentier « Furepe Waterfalls Trail » amène aux chutes d’eau de Furepe qui tombent dans la mer. De la construction en bois un peu surélevée, mon oeil de lynx aperçoit dans la mer, au loin, des animaux. Dauphins ou baleines ? Et bien, c’est sans doute des orques !

Nous verrons beaucoup de biches et croiserons aussi un renard roux avec son repas dans la gueule.

Le soir à l’hôtel nous ferons connaissance avec Miyoko et son époux Eguchi. Ils sont à la retraite et voyagent beaucoup. Ils connaissent la France et d’autres pays européens. Ils ont fait une croisière autour du monde l’année dernière.

Le Lac Rausu

Nous avons quitté l’hôtel et avons opté pour une nuit en bungalow au camping d’à côté (c’est plus proche d’une cabane – juste pour dormir).

Nous louons des bottes pour faire le sentier du Lac Rausu. L’essayage nous a pris un peu de temps : beaucoup de petites tailles, peu de grandes tailles. La dame semble bien connaître les chemins et nous lui demandons s’il faut s’équiper du spray anti-ours. Elle nous explique, à demi-mots, dans un bon anglais, que le spray est plus dangereux pour les randonneurs que pour les ours.

La journée s’annonce chaude et ensoleillée.

Le bus nous dépose au sentier. Nous remplissons le formulaire à l’entrée du chemin avec noms, heure d’arrivée et objectif. Nous constatons qu’il y a déjà 9 personnes à faire cette marche. Parmi eux, 4 jeunes français. Décidément nous rencontrons des français quasiment partout où nous allons.

La boue est présente, mais avec ce soleil, on aurait pu se passer des bottes, dans lesquelles nos pieds sont bien dans leur jus.

Le sentier présente un paysage assez monotone. Une forêt assez dense, des champs de bambous, des étangs et ruisseaux jusqu’au lac Rausu. Il y a juste une plate-forme pour admirer le lac. Pas de chemin qui en fait le tour. Sur les pentes, il y a encore quelques névés.

De retour au camping, on se rend au Onsen public pour la douche (500¥).

Vers 19h, malgré les nuages et le crachin, nous allons, avec quelques campeurs, au point de vue pour assister au coucher du soleil sur la mer. C’est magique !

Un couple de Coréens du Sud, Jeff et Ejkae, discute avec nous. Ils connaissent un peu la France. Jeff est un enseignant à l’Université qui a pris une année de disponibilité et une de leurs filles fait ses études à Toulouse.

Ils insistent pour que nous passions par la Corée du Sud. Tout est moins cher qu’au Japon ! Les bains publics, les transports en commun…ils nous font une sacrée pub😆.

2 réflexions au sujet de “Péninsule de Shiretoko – Hokkaïdo”

  1. Merci pour la visite très riche en renseignements de votre blog. Mon compagnon et moi même préparons notre deuxième voyage au Japon prévu pour Novembre 2019. Nous commencerons par Hokkaïdo et nous nous rendrons à Sounkyo et sur la péninsule de Shiretoko. Pensez vous qu’il soit possible de faire la sortie en bateau et la rando des cinq lacs dans une journée; nous n’aurons pas la possibilité de rester plus longtemps à Utoro car nos 25 jours de programme au Japon est très rempli. Merci d’avance pour tout conseil, bien utile pour l’organisation de notre voyage.
    Amitiés Gérard

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    • Bonjour,

      Merci pour votre commentaire.

      Nous avions choisi la sortie en bateau de 2h. Nous avions rendez-vous à 15h, le bateau a quitté le port vers 15h30 pour revenir vers 17h30.
      Pour la compagnie Gojiraiwa Sightseeing, il semble y avoir aussi des départs le matin.
      La mer gèle en hiver dans cette zone. Sera-t-elle libre en Novembre ?

      Fin juin, les ours sortant de l’hibernation obligent les visiteurs à requérir les services d’un guide pour la randonnée autour des 5 lacs. En Novembre, vous ne devriez pas avoir ce problème. La randonnée guidée dure environ 2 heures car il y a des arrêts réguliers pour des explications sur la faune et la flore. Si vous n’avez pas de guide, la marche devrait vous prendre 1h30. Le terrain est plat, il n’y a aucune difficulté technique.

      Ces 2 activités peuvent donc être faites en 1 journée. Si vous avez une voiture, vous n’aurez aucun souci. Sinon, vous dépendrez des bus pour l’AR vers les 5 lacs.

      N’hésitez pas à demander si vous avez besoin d’infos supplémentaires.

      Belle journée
      Laurence et Jérôme

      PS : Nous pensons que vous faites un très bon choix en allant sur Hokkaido en automne : belles couleurs en perspective.

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