TREKKING A SANTO ANTAO – Partie 1

L’organisation du trek

Pour le Cap-Vert (mai – juin 2022), nous avons opté pour une semaine de randonnée en itinérance. Il est peut-être possible de l’organiser seul.e, avec les guides, les blogs et les cartes en ligne. Pour réserver les gîtes, cela nous a semblé compliqué. Notre volonté était d’être hébergé chez l’habitant.Nous avons donc pris l’option clés en main.

Nous avons contacté EVANEOS qui nous a mis en relation avec l’agence NOBAI, leur contact au Cap-Vert. Spécialisée dans les randonnées, NOBAI propose des solutions adaptées à chacun, soit une marche calme de deux heures soit un trek de quinze jours en autonomie.

Parcours du trail Santo Antão Cap Vert

Telma Chantre, notre interlocutrice, s’exprime dans un français impeccable et finalise notre programme. Le premier contact s’est fait par téléphone puis nous avions échangé par courriels. Telma s’est montrée très réactive, prenant en compte nos souhaits, émettant des propositions et gérant nos envies de dernière minute. De plus, elle s’est occupée de réserver les billets pour les vols inter-îles. Quand tout fut bouclé, nous avons reçu les vouchers pour les hébergements, le planning journalier très détaillé et même, pour être sûr de ne pas se perdre, les traces gps.

Arrivée au cap vert

À l’aéroport Césaria Évora de Mindelo (île de São Vicente), nous débarquons directement sur le tarmac. Les formalités douanières sont rapides et un taxi nous attend déjà pour le transfert vers l’hôtel.
Telma nous y rejoint une heure plus tard. Devant une carte de Santo Antão au 1/40 000, elle fait le dernier briefing et nous souhaite un bon voyage.

Nous partons découvrir Mindelo, en marchant d’abord le long de la mer puis en rentrant un peu dans la ville. Le marché n’est pas très animé, car il est tard et les commerçants rangent leurs étals. Avec nos dégaines de touristes, les glaces à la main, nous sommes repérés de loin. Des Cap-Verdiens nous abordent, certains pour discuter en français (langue très populaire au Cap-Vert), d’autres espérant un petit billet. Nous achetons une carte sim pour pouvoir se connecter à internet lors de notre trek.

Quand nous retirons des espèces, le distributeur délivre exclusivement des billets de deux mille escudos (ceux avec le portrait de Césaria Evora). Ce sont en fait des grosses coupures et les commerçant·e·s rechignent clairement à rendre la monnaie dessus quand le montant de nos achats n’est pas très élevé. Garder de la monnaie pour de petits achats sera un souci récurrent pendant tout le voyage.

Un peu secoués par le vent qui ne veut pas faiblir en ce début de soirée, nous finissons par atterrir au restaurant Caravela situé sur la grande plage de Mindelo. Il n’est pas plus typique, mais pour une première soirée, il propose exactement ce que l’on recherche : une table à l’extérieur face à la mer avec les locaux et beaucoup d’ambiance.

Trek SANTO ANTAO

Transfert de Saō Vicente à Santo Antão en ferry ; Chã de Morte à Dominguinhas via la vallée d’Alto Mira ; Durée de marche estimée : 5h30 ; D+ 620m / D- 830m

Le petit-déjeuner
À l’hôtel de Mindelo, nous préparons nos sacs et remplissons les poches d’hydratation au robinet en y ajoutant une pastille pour purifier l’eau sur les conseils de Telma. Un petit déjeuner nous attend, c’est une bonne surprise, car nous ne pensions pas y avoir droit. 

Le ferry
 Le taxi nous conduit au terminal des ferrys situé à… 600 mètres de l’hôtel. Parmi les passagers, il y a moins de Cap-Verdiens que d’Européens partant randonner. Le ferry appareille, la traversée dure une heure.

À la sortie de la baie de Mindelo, la houle de l’océan fait doucement rouler le bateau, alors un steward distribue des sacs en plastique pour les voyageurs souffrant du mal de mer. Les toilettes sont d’une blancheur immaculée, ça fait même mal aux yeux. L’eau des robinets a, en revanche, une couleur jaune foncé.


Installés sur les sièges extérieurs, rafraîchis par la brise marine (le soleil chauffe fort dès 9 h du matin), nous voyons São Vicente disparaître dans la brume de chaleur puis Santo Antão se dévoile progressivement. Il va falloir crapahuter là-dedans, ça semble haut et bien abrupt.

Premiers pas à Santo Antão

Nous débarquons à Santo Antão, à la gare maritime de Porto Novo. Notre chauffeur nous amène sans tarder au point de départ du parcours, à Chã de Morte. La route pavée suit globalement la côte vers le sud-est, prend de l’altitude puis bifurque vers le nord.


La terre a soif, c’est certain. Les lits des rivières et les gorges sont à sec. Notre chauffeur nous explique qu’il n’a pas plu depuis huit mois et qu’aucune source n’existe dans cette portion de l’île. « La vie est un peu dure en ce moment » conclut-il. De nombreux arbustes poussent dans les champs de pierres et de sable et quelques chèvres essaient de brouter les dernières feuilles encore accessibles.


À Chã de Morte, notre chauffeur nous dépose et nous souhaite bonne route. Mais… et notre déjeuner ?, demande-t-on. Ah, pas de déjeuner prévu, répond-il. Il passe un appel pour s’en assurer. Nous comprenons à ce moment-là que la nourriture proposée ce matin par l’hôtel aurait dû être, non pas avalée, mais mise de côté pour le midi. Le chauffeur nous conduit dans une épicerie où la propriétaire nous fait passer derrière le comptoir pour que nous puissions mieux découvrir les étagères. Le choix des produits pour un pique-nique est restreint, mais une conserve de sardine et des gâteaux salés (les Krit original, addictifs !) feront parfaitement l’affaire. 

La marche commence

Nous marchons enfin. Nous sommes à Chã de Morte et nous nous rendons à Dominguinhas. Le carnet de route et le GPS nous donnent la direction. Le paysage est volcanique et aride, c’est indéniable. Nous cherchons un paysage connu pour comparer. Mais, ces paysages sont incomparables avec ce que nous connaissons déjà.

Quelques arbustes verts survivent dans les montagnes, quand la pente n’est pas trop forte. Dans ce paysage minéral écrasé par le soleil, on voit parfois apparaître les taches vertes des cultures. Du chemin qui grimpe au col, nous pouvons voir, quand nous reprenons notre souffle, des lames de roche qui se dressent vers le ciel. Le topo guide nous explique que ce sont des dykes. Elles sont composées de basalte expulsé lors des éruptions volcaniques qui s’érode beaucoup moins vite que les autres roches. 

Le carnet de route contient toutes les précisions nécessaires.

Extrait :
« Dix minutes environ après avoir traversé ce ruisseau, en haut de la montée, lorsque la ligne téléphonique traverse le sentier, vous arrivez face à un croisement : prenez à gauche le chemin qui continue à flanc et ignorez la branche qui descend à droite. Vous laissez un gros manguier à droite du chemin et arrivez à un nouveau croisement : à droite le sentier descend dans le lit du ruisseau pour remonter à une maison« .


Le chemin monte et descend, comme tout bon chemin de montagne. Les parties pavées, majoritaires, cèdent parfois la place à de la terre. Nous croiserons quelques groupes de randonneurs, que des Français !
Dans un village, et malgré la qualité du topo guide, nous hésitons sur la route à prendre. Un habitant nous repère rapidement, touristes égarés, et nous indique le bon chemin. Au village suivant, nous hésitons encore. À cet endroit, le topo guide a été modifié récemment, mais pas la trace GPS. Le topo guide nous invite à descendre dans la gorge, le GPS nous demande de remonter et de prendre le chemin. Nous suivons le GPS (confiance aveugle en la technologie) qui nous amène à bon port, mais par un chemin plus ensoleillé et moins surprenant. 

Arrivée au village de dominguinhas

Fatigués et légèrement abrutis par le soleil, nous arrivons à Dominguinhas. À la première personne que nous rencontrons, nous demandons où habite notre hôtesse, Fatima. Coup de chance, c’est elle ! Notre valise est déjà arrivée et Fatima nous installe dans notre chambre. 
La douche, même froide, est un délice. Nous buvons un rafraîchissement devant le dispensaire du village en attendant que Fatima nous appelle pour le dîner. Ensuite, nous allons nous coucher dans notre petite chambre où le lit occupe presque tout l’espace. Soudain, dans la nuit, une fanfare commence ses répétitions sous nos fenêtres. C’est sympa, mais peu compatible avec notre envie de dormir. Il faudra sortir les bouchons d’oreilles.