trekking a santo antao – partie 2

JOUR 2

Dominguinhas à Meio d’Espanha via la vallée de Figuieras (vallée parallèle à Alto Mira) ; Durée de marche estimée : 5h30 – D+ 830 m

Une légère couverture a été utile pour la fin de la nuit. Les températures ont quand même baissé, c’est rassurant. Fatima finit de préparer le petit-déjeuner, nous sert et donne nos boîtes avec la salade du midi*. Nous la remercions pour son accueil et nous reprenons notre route.

*avant le départ pour le Cap vert, il est conseillé d’apporter sa boîte de repas.

Dominguinhas

Des écolier.e.s se rendent en classe. Les villages possèdent en général leur propre école primaire. Pour le secondaire, ça sera l’internat à Ribeira Grande (la capitale de Santo Antão) et pour le supérieur, il faudra aller à São Vincente.


Un jeune homme vient charger notre valise sur le dos de sa mule et part sans tarder vers Meio d’Espanha, notre étape de ce soir. Il tient une tige de canne à sucre, il suce le bout sucré d’un côté, l’autre côté lui sert pour asticoter sa mule.

Maitre et son âne avec une valise sur le dos

Les coupeurs de canne sont au travail. Les parcelles ne sont pas très grandes, mais rien n’est automatisé. Un groupe coupe les tiges, un second en fait des bottes et un troisième les porte.
Aucun risque de se perdre sur le trajet du jour : il n’y a qu’un seul chemin, et bien pavé en plus.

L’alambic

Par de grands gestes, un agriculteur, Arlindo, attire notre attention et nous invite à le rejoindre. Il s’affaire à son alambic. C’est un gros récipient contenant du jus de canne posé sur une cheminée alimentée par les résidus de canne à sucre. Le jus est chauffé, passe dans un long tuyau rectiligne où il se refroidit et il est recueilli dans une grande jarre.

Nous demandons à goûter : pas possible, car c’est trop chaud. Toutefois, un jeune homme qui travaille avec lui part chercher du grogue consommable. Il revient avec un grand verre rempli à ras bord. Une petite gorgée suffira, merci. C’est très bon (quand on aime le rhum), pas trop fort et l’on sent les arômes de la canne à sucre.

Nous bifurquons et nous reprenons un peu d’altitude en marchant à flanc de pente sur ce chemin très bien entretenu. Nous surplombons l’océan, la vue est magnifique. À cet endroit, d’après le topo-guide, on peut apercevoir des tortues marines. De notre hauteur, elles ne doivent pas être plus grosses que des têtes d’épingle.

Du réseau !

Le long du chemin, nous tombons sur une langue de sable légèrement à l’ombre, l’endroit idéal pour une pause-déjeuner et une sieste. Nous montons ensuite la route aux 18 virages. Le nom est plus effrayant que la rudesse de ce chemin qui mène à un village.

Là, nous voyons un habitant sur son téléphone, puis un autre vingt mètres après. Il y a du réseau ici, c’est certain. Nous effectuons un rapide tour des courriels et messages et nous récupérons quelques infos manquantes. En redescendant, nous passons dans le fond d’une gorge asséchée.

Nous pénétrons plus tard dans une vallée étroite, bordée par de hautes murailles. Le village de MEIO D’ESPANHA est en vue. Il y a encore une bonne heure de marche avant d’y arriver.

Sentier aux 18 virages Cap Vert

MEIO D’ESPANHA

Trouver la maison d’Adalberto est simple : tout le village est informé qu’il reçoit des clients ce soir. De sa terrasse, nous dominons une partie du village construit à flanc de falaise. Des groupes se sont formés pour discuter, des enfants jouent dans les arbres et deux ânes actionnent un système pour broyer la canne à sucre. Le jus extrait sera distillé dans la nuit.

Adalberto ne consomme pas de rhum, car nous dit-il en français : « trop de Cap-Verdiens sont tombés des falaises à cause de l’alcool ». Il confirme que la vie est dure par ici et le manque d’eau n’arrange rien. Il commencera à couper les pieds de canne à sucre sur ses parcelles le lendemain. Cela nécessitera quatre jours de travail.

Son cousin acheminera notre valise demain. D’ailleurs, si nous pouvions préparer la valise plus tôt, cela permettrait au cousin de revenir à temps pour participer à la coupe.

Jour 3

Meio d’Espanha à Chã d’Igreja ; Durée estimée de marché et dénivelé : 6h30 de marche – D+700/D-700m.

Après un copieux petit déjeuner, nous reprenons notre chemin. Le cousin d’Adalberto charge notre valise sur le dos d’un âne qui part sans attendre que son maître ait fini de seller son cheval.
Le chemin monte et descend sans cesse. Parfois, nos bâtons de marche se bloquent entre deux pavés. Nous observons des sentiers que les habitants utilisent comme raccourcis pour accéder plus vite à leurs cultures.

Sur cette île volcanique, la roche est omniprésente. Les Cap-Verdiens utilisent cette matière première pour bâtir les murs de leurs maisons au toit en feuille de canne, pour paver leurs chemins et pour monter leurs murets créant les fameuses cultures en terrasse.

Les pluies, ici,ne sont pas fréquentes, mais elles sont violentes. Sans ces murets, la terre arable serait charriée lors des orages et aucune culture ne serait durablement possible. La construction des murets aura nécessité un travail considérable. Leur entretien régulier ne doit pas en demander moins.

Dans le lit d’un ruisseau asséché, nous rencontrons trois ouvriers reconstruisant ces murets. Parmi toutes les pierres taillées à leur disposition, ils choisissent rapidement la pierre idoine suivant la fonction qu’elle aura dans le muret. Ils la positionnent et la fixent en deux coups de marteau experts.


Ces murets accrochés sur les pentes sont construits aux endroits où il y a de l’eau. Cette eau qui est acheminée par des canaux taillés dans la roche ou par un de ces nombreux tuyaux Plymouth qui courent le long des falaises. Grâce à l’eau et aux murets, les cultures poussent, des oiseaux y nichent, un écosystème est né.

Vers l’ocean PAR LA VALLEE « RIBEIRA DE INVERNO »

Nous croisons le cousin d’Adalberto qui rentre. Il est accompagné d’un ami, chauffeur de taxi, qui rentre chez lui, car personne n’a besoin de ses services. Sa voiture est garée à Chā d’Igreja, à quatre heures de marche de sa maison. Ça fait loin pour aller la chercher ? Non, pas pour lui.

Nous descendons dans la vallée de Ribeira de Inverno (la vallée de l’hiver) et nous apercevons un village qui semble abandonné, à cause des sècheresses successives. Le hameau ne doit pas être complètement abandonné, car nous entendons des cris de coqs.

Vallée aride et cultures en terrasse Cap Vert


Voilà un long moment que nous descendons et nous arrivons au niveau de l’océan. Nous débouchons sur une étroite plage de galets noirs qu’il va falloir longer. Les vagues frappent bruyamment la roche, cependant l’océan est calme et nous pouvons passer. Marcher sur ces gros galets nécessite d’avoir des chevilles bien souples et l’on s’y fatigue vite sans progresser énormément. La plage est recouverte de tongs, de bouteilles ou de bidons en plastique que les vagues ont rabattus sur le rivage. Par sa localisation et son orientation, le rivage doit recevoir son lot de pollution plastique flottant dans l’Océan Atlantique.

CHA Da IGREJA

Des voitures se font entendre, signe que nous approchons de Chā da Igreja. Nous cherchons notre hôte pour la nuit. C’est une pension de famille disposant de grandes chambres individuelles, d’une salle commune (avec eau chaude) et nous sommes les seuls clients.

Avant le dîner, nous nous flânons, profitant du calme de la ville en cette fin de journée. Les bâtiments démontrent un mode de vie plus aisé que dans les villages de montagne. Notre dîner est plus varié également, car la route facilite le transport des marchandises. Il est 20 h 30, la nuit est tombée, les nuages cachent les cimes et les Cap-Verdiens discutent dans la rue en petits
groupes.

Nourriture du Cap Vert

jour 4

CHA DA IGREJA VERS CHA DE PEDRAS

Chã de Igreja à Chã de Pedras ; Vallée de Garça, vallée de Mocho, col de Mocho, Ribeira Grande, vallon de Caibrox, vallée de Chã de Pedra ; Durée de marche estimée : 6h ; D+ 1300m/D- 700m.

Le petit-déjeuner est encore copieux et les tortillas sont délicieuses. Nous passons sur le parvis de l’église de Chã de Igreja où des nettoyeurs (surtout des nettoyeuses) s’activent avec balais et pelles.

Nous descendons dans la vallée et saluons une portée de porcelets que leur odeur trahit de très loin. Quand on est au fond d’une vallée, il faut remonter jusqu’à un col pour accéder à la vallée suivante puis on redescendra au fond de cette nouvelle vallée, etc. C’est justement ce que nous faisons à trois reprises. En ce début de journée, les montagnes nous font cadeau de leur ombre. Les vallées s’élargissent, les cultures sont plus nombreuses et plus fournies car l’eau y manque moins.

Un Cap-Verdien prend quelques minutes pour discuter. Ses ancêtres sont venus ici pendant la révolution française. Lui a navigué dans la marine marchande et maintenant, il cultive la canne à sucre. Il nous affirme qu’il y a de l’eau ici : la rivière court sous les pierres, on ne la voit pas pourtant elle est bien là. Couper la canne sur ses parcelles nécessite cinq jours de travail pour dix ouvriers. C’est d’ailleurs la saison de la coupe. Des femmes et des hommes s’affairent
dans les champs. Certains coupent les tiges de canne tandis que d’autres forment des fagots qu’ils transportent sur la tête jusqu’au camion de collecte.

Midi approche et nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir. Nous déjeunons à l’ombre. La salade du jour contient beaucoup trop de produits issus de boîte de conserve, en revanche le beignet sucré est délicieux.

CHA De pedras

Sur la route, des voitures passent en soulevant des nuages de poussière asphyxiant. Dans les chemins, des habitants, une binette sur l’épaule, se rendent à leurs parcelles d’un pas rapide et assuré.

Pour trouver notre gîte du soir, il faut donner le nom de notre hôte aux passants qui nous indiquent le chemin. La dame qui nous reçoit nous fait comprendre que le propriétaire, Antéro, n’est pas présent. Dommage car il était francophone. Nous sommes encore les seuls clients du gîte.