JAVA – le volcan KAWAH IJEN, le soufre, les mineurs… et les flammes BLEUES

l’arrivée à java

Nous arrivons au port de Ketapang à Java. Pour les femmes, un changement de tenue rapide s’impose dans les toilettes. Pas de short ni de haut à manches courtes ici. Nous entrons en pays de confession musulmane. 

Samsul Safarudin, notre guide, et Wowok, notre chauffeur, de la société IJEN TWIN TOUR nous attendent à la sortie du port… depuis deux heures. Nous nous excusons. Excuses acceptées évidemment : ils ont l’habitude, et le touriste est roi. Nous partons visiter un warung (thé, café local Salsa et pancakes riz coco), une plantation d’hévéas pour la récolte du latex, une cascade et des rizières. Samsul nous propose de nous photographier toutes les dix minutes, alors, nous prenons la pose. Wowok reste dans la voiture, fumant ses cigarettes indonésiennes parfumées aux clous de girofle et cannelle qui laissent dans la bouche des saveurs sucrées.

À la nuit tombante, Samsul nous fait visiter son village natal et les rizières avoisinantes. Son oncle, que nous rencontrons, a cessé d’être mineur : ses jambes ne peuvent plus porter les chargements trop lourds. Le cancer des poumons est fréquent ici, c’est la taxe à payer au volcan pour prélever son soufre. L’activité du village est (quasi) exclusivement liée à l’exploitation du soufre, Samsul en est conscient et il a préféré chercher un autre job moins dangereux. Une chauve-souris apprivoisée nous salue lors de notre départ, ou peut-être fait-elle sa toilette.

Au gîte, nous faisons connaissance avec Beni, le charmant et charmeur patron qui dirige ses guides et ses chauffeurs au gré des réservations. Wowok nous conduit huit cents mètres plus loin (décidément, rien ne se fait en marchant ici) pour que l’on achète notre dîner. Les prix sont encore plus bas qu’à Bali. Notre chambre est assez spartiate mais ça ira très bien pour les quelques heures que nous y passerons.

Une montee sous les etoiles

Levés à minuit, après quatre heures de sommeil, nous bouclons rapidement nos sacs et sautons dans la voiture. Quarante-cinq minutes plus tard, notre guide paye le droit d’entrée dans le parc du Kawah Ijen. Encore quinze minutes de route et nous nous garons dans un très grand parking où, déjà, des centaines de touristes se préparent. Nous sommes à 2 200 m d’alt, le jour est encore loin, il fait plutôt froid et les polaires sont utiles.

Le Kawah Ijen est un volcan actif qui culmine à 2 799 m d’altitude. Il constitue un des cratères de la caldeira de Kendeng. Ce volcan est connu pour l’exploitation de son soufre et aussi pour son lac de cratère le plus acide au monde. Sur ses pentes poussent des edelweiss et des panthères noires y ont élu domicile. Sur le chemin, plusieurs panneaux détaillent la faune et la flore existantes du lieu. Nous croisons parfois des « taxis », petites charrettes à bras munies de coussins pour les touristes qui ne peuvent pas ou n’arrivent plus à monter ou descendre.

L’ascension commence sur un large sentier. Notre rythme est rapide, trop peut-être pour notre guide qui nous demande de nous arrêter. Il tousse beaucoup. Nous comprenons que c’est vraisemblablement l’effet du soufre. Samsul semble très atteint par ses visites au cœur du cratère et il nous le confirmera plus tard. La montée est aisée et tranquille sous un magnifique ciel étoilé. Nous faisons une pause à côté d’une buvette / souvenirs, puis un court raidillon mène au sommet du cratère. Une pancarte annonce « Blue Lights Viewpoint », … d’où on ne voit pas aucune flamme bleue.

Suivant Samsul, nous descendons dans le large cratère sur un sentier escarpé et étroit. Nous marchons vers les fumées de soufre, frontale sur la tête et masque à gaz autour du cou.
Au fond du cratère, sur le site d’extraction du soufre, l’odeur est forte et les fumées piquent le nez et les yeux. Lorsque le vent les rabat vers nous, le masque à gaz devient indispensable. À côté, un mineur, une simple écharpe autour du nez, extrait du soufre à la barre à mine.

les flammes bleues

Nous observons furtivement les flammes bleues dont la clarté est atténuée par les fumées du volcan. Ces fameuses flammes, pour lesquelles les visiteurs parcourent des milliers de kilomètres sont en fait, nous explique Samsul, un danger pour les mineurs. Alors, quand l’un d’entre eux, quinze minutes plus tard, les éteint à la lance à eau, des grognements de réprobation montent parmi les groupes de touristes. Samsul est outré : comment peut-on penser mettre la sécurité des mineurs au second plan ?

À l’écart (un peu) des fumées, des tentes sont montées où vivent les mineurs pendant leurs quinze jours consécutifs de travail. Il y a aussi des cabanes en bois, situées, elles, au sommet du cratère. Des paniers remplis de plaques de soufre attendent d’être remontés. On tente de les soulever : on peut à peine les bouger. Tout ce qu’on peut transporter, ce sont les petits morceaux de soufre sculptés comme souvenirs.

le lac acide et les porteurs

Le jour pointe son nez et la lumière naissante nous laisse découvrir le lac d’un vert de jade, aussi hypnotique qu’il est dangereux. Des mineurs remontent leurs paniers remplis. Il y a 70-80 kg de soufre dans ces deux paniers reliés par une planche en bois pour répartir la charge. Tout repose sur une épaule et, régulièrement, ils changent d’épaule. Leurs pas sont assurés mais lents et les pauses fréquentes. La fatigue est palpable. Auparavant, les porteurs marchaient environ quatre heures pour accéder au cratère, cassaient le soufre à la pioche ou à la barre à mine, puis retournaient au village avec leurs paniers pleins. Depuis une dizaine d’années, une route empruntée par des camions et un funiculaire ont permis de réduire significativement leurs efforts.

De retour au sommet, nous retrouvons Samsul, visiblement soulagé de nous voir tous les deux réunis. Tout à nos découvertes dans le cratère, nous étions souvent séparés et ça l’a un peu stressé.

Il n’est pas possible de faire le tour du cratère mais, en consolation, Samsul nous emmène dans une cabane un peu à l’écart. Là, un mineur qui parle un peu français (il a été guide pour Nicolas Hulot) nous fait la visite : le dortoir (petit pour quatorze bonshommes), la cuisine. Il nous montre son épaule et le bourrelet de graisse caractéristique du frottement de la planche des paniers.

En redescendant, Samsul nous parle un peu des autres randonnées du coin. Il emmène aussi des groupes sur le Mont Bromo. Quand on lui demande quel sommet est le plus beau, il répond «Je ne compare pas la nature». Au parking, il nous demande si nous avons des remarques à lui faire qui lui permettrait de s’améliorer en tant que guide. Aucune remarque, nous sommes ravis de ce qu’il a proposé. Il nous remercie et nous donne l’accolade. Wowok nous ouvre les portes de la voiture et nous retournons au gîte pour le petit-déjeuner (thé, riz, poulet épicé, poissons fruits, gâteaux). Béni redemande si nous sommes satisfaits des services de son agence. Tout est parfait, redit-on. « Et bien, dites-le dans Trip Advisor, Facebook, etc., les retours positifs de nos clients sont très très importants pour nous faire connaître ». OK, ça sera fait. 

On salue et on remercie une dernière fois puis Wowok nous ramène au port. En chemin, il s’arrête chez lui pour nous montrer les deux chambres qu’Ida (son épouse) et lui louent. Ils ont trois enfants et seul le cadet, qui est au collège, vit encore chez eux. Malgré un très court séjour sur Java, le peu que nous en avons vu et ressenti nous a plu et donné envie d’y retourner pour un plus long séjour. Cette île semble vivre à un rythme plus lent et plus apaisé que la très touristique Bali.

epilogue

Wowok a des contacts au port qui pourraient nous obtenir des réductions sur les billets et faciliter l’embarquement. Las, il ne les trouve pas. Nous nous présentons au guichet. Un garde explique que l’on ne peut pas payer les billets en liquide et qu’il faut acheter une carte sur laquelle on met des crédits. Grand prince, il propose d’utiliser sa carte personnelle et qu’on lui paye (en liquide cette fois), six mille roupies par personne plus trois mille pour des frais d’on ne sait quoi. On lui file ses quinze mille roupies. Il part avec un grand sourire et revient avec nos deux billets.

À Gilimanuk, il faut trouver un véhicule pour rejoindre Munduk. L’application Grab propose un prix de 300k IDR roupies. Seul problème, il n’y a pas de grab dans le coin. Les chauffeurs de bémos et les rabatteurs se pressent auprès des touristes qui débarquent et les clients qui ne marchandent pas trouvent des taxis très rapidement. Un chauffeur nous propose un tarif élevé, tellement élevé qu’il n’y croit pas lui-même. 

Nous cherchons un bus. Pas de bus pour Mundunk nous dit-on, Mundunk est dans les montagnes, les gros bus n’y montent pas. Nous nous retrouvons seuls, à arpenter le parking avec nos gros sacs à dos, abordés sans cesse par des chauffeurs. Subitement, un homme accepte nos conditions puis va discuter avec des chauffeurs. Nous ne parlons pas indonésien mais nous imaginons la discussion : « Le touriste, je l’ai rabattu, à toi de le plumer mais tu me gardes les bons morceaux ». On nous désigne une voiture, qui ne semble pas être un taxi officiel mais peu importe, nous y chargeons nos affaires et c’est parti pour 1h45 de route jusqu’à Munduk.