De Bay of Island à Rotorua

ILE DU NORD -08/2018

Bay of Island : histoire des Maoris et plongée

Jérôme a envie de plonger et après quelques recherches, on décide de s’arrêter à Paihia, petite ville balnéaire sur la côté Est. Même si on nous avait prévenu, nous avons la confirmation que Paihia est ultra touristique. Et, pour nous, c’est assez rédhibitoire. Ce qui nous sauve, c’est que nous sommes en hiver et qu’il n’y a pas « trop » de monde.

Pour autant nous ne regretterons pas notre séjour, car c’est là que nous en apprendrons plus sur les Maoris, leur histoire, leurs traditions et leurs relations avec les colons britanniques. 

Nous passerons 3 nuits au camping « Bay of Islands Campervan ». Le gérant est un géant blond au sourire accueillant et chaleureux. Il nous met à l’aise tout de suite en nous disant « bonjour » en plusieurs langues dont le français ! Il a beaucoup d’humour et il prend le temps de nous indiquer toutes les activités à faire aux alentours. 

Waitangi Treaty Grounds

Le lendemain, nous allons à pied rejoindre le parc de « Waitangi Treaty Grounds ». Nous arrivons pile poil pour la visite guidée…in English ! Shit ! C’est dur, le guide maori parle très vite, avec un fort accent et dans un micro (nous avons des écouteurs). Je ne comprends pas tout et compte sur Jérôme… sauf que lui aussi ne pige pas tout ce qui est raconté. Bon, heureusement nous récupérons pas mal de documents au musée pour mieux comprendre.

Le guide nous amène d’abord admirer les bateaux de guerre cérémonials, les fameux « Waka ». Il y a 3 bateaux, dont le plus long mesure 35m, taillé dans du bois de kauri. Il a besoin d’un minimum de 76 pagayeurs pour la mise à l’eau. Les bateaux sont sortis chaque 6 février pour les célébrations du Waitangi Day. Tous les « Waka » sont sculptés de figures sacrées propres à la culture Maori. Nous apprenons que n’importe qui (Maori ou non) peut naviguer sur un Waka (bien !)… du moment qu’il est un homme (ah, bon 🤔)

Nous continuons la visite par la maison du traité « Treaty House » qui était la résidence officielle des représentants britanniques. C’est ici que James Busby a conduit la majorité de ses affaires en tant que 1er représentant de la couronne. Il y a vécu avec sa femme, Agnès et leurs 6 enfants.

Ce lieu est important car c’est ici qu’a eu lieu la signature du Traité entre les Maoris et les Britanniques le 06/02/1840. Ce traité devait permettre d’assainir les relations entre les 2 peuples et protéger les enfants nés du métissage. 39 tribus l’ont d’abord signé, puis 52 au total.

Les Maoris y ont vu aussi le moyen d’accéder à la connaissance et l’acquisition de nouvelles technologies. Les Britanniques, notamment les pasteurs, y voyaient la possibilité de leur apporter une éducation religieuse.

Il faut préciser que ce traité a également été signé par les femmes Maoris. Il est considéré comme l’acte de fondation de la Nouvelle-Zélande en tant que Nation et colonie britannique. Les Maoris se sont vus accordés les mêmes droits que les citoyens britanniques. 

Nous poursuivons la visite par la maison sculptée des réunions maoris « The Carved Meeting House / Te Whare Runanga ». Elle fait face à la «Treaty House », ce qui symbolise le partenariat entre les 2 peuples.

Devant cette maison, nous assistons à une cérémonie de bienvenue : devant le « chef » des touristes, un jeune Maori effectue une danse plutôt guerrière (pour tester l’état d’esprit du visiteur) et finit par laisser tomber un rameau de branches dont notre « chef »  s’empare pour se présenter devant le chef Maori. Il s’ensuit le salut traditionnel : front contre front et nez contre nez afin de partager le souffle vital. 

Puis nous entrons à l’intérieur, également sculpté, pour des représentations de danses, chants et le fameux « Haka » par un groupe de Maoris en tenue traditionnelle. C’est impressionnant, beau et très fort. J’en ai eu le poil hérissé d’émotion ! 

Dehors se dresse le mât des 3 drapeaux qui marque le lieu où a été signé le traité. Ce sont les 3 drapeaux officiels de Nouvelle- Zélande : le drapeau des tribus unies 1834, le drapeau de l’Union 1840 et enfin le drapeau national néo-zélandais 1902. 

Nous terminons après un bon déjeuner (végétarien !) par la visite du musée de Waitangi. Il nous permet pour le coup de mieux comprendre les enjeux dans les relations entre les Britanniques et les Maoris.

Et combien cela a été difficile tant pour les tribus Maoris qui ont dû s’entendre pour signer le traité (certaines tribus y ont vu un assujettissement aux colons après une très mauvaise expérience avec les Français, merci à Marion du Fresne 😒) que pour les Britanniques qui ont dû composer avec un peuple très protecteur de ses traditions et de la nature.

Au fil des vagues d’immigration européennes, les Maoris sont devenus minoritaires et leurs terres achetées à bas prix quand ils avaient la chance d’être payés. Ils tentèrent de se rebeller quelquefois, furent systématiquement défaits et, à l’image des Indiens américains, ils furent contraints d’habiter dans les villes et de perdre peu à peu leur culture. Il faut attendre les années 1980 pour voir réapparaitre la culture. 

Nous passons également un moment à discuter avec un sculpteur qui travaille dans son studio sur le site du parc. Il nous explique comment les idées lui viennent en observant la nature. Il nous fait une démonstration de peinture sur bois avec des effets de nacres de plusieurs coloris. C’est très beau.

Plongée sur épave et sur récif

Jérôme a décidé de profité de notre séjour à Paihia pour plonger. Il a réservé auprès du seul de plongée de la ville : Paihia Dive. Je ne plongerai pas, vue la température extérieure et le vent glacial ; en ce qui me concerne, il n’y a pas moyen, je ne suis pas maso ! Mais je les accompagne sur le bateau. Jérôme le sait dès qu’il a pénétré dans le club : il va devoir payer cher une plongée où il ne pourra pas faire ce qu’il souhaite. Les règles sont claires, il les accepte.

RDV à 8h au club avec Graig le gérant et son équipe composée de Ben et Tanya. Nous serons 4 à embarquer avec eux. Mélissa et Leigh, californiens, plongeront également. Ben explique à Jérôme et Mélissa la plongée qu’ils vont faire sur l’épave du Canterbrewry. Il s’agit d’un bateau militaire démantelé qui a été immergé pour servir de site de plongée (un autre projet prévoyait d’en faire un casino). Le fond est à 35m mais ils n’iront pas jusqu’à cette profondeur. Bon … soit. L’épave est trop grande pour en faire le tour en une seule plongée, alors ils font le tour du kiosque, sans aller ni à l’avant ni à l’arrière. Jérôme quémande, pour des raisons artistiques (une photo de l’étrave), d’aller à l’avant, on lui répond qu’on va essayer. Jérôme ne sait pas s’ils ont essayé mais ils n’y sont pas parvenus dans tous les cas. Mais bon, règles padi obligent !

Je vois Jérôme qui claque déjà des dents par anticipation. L’eau est annoncée à 13°, comme en Bretagne, pas de quoi fouetter un chat ! Nos 2 plongeurs sont accompagnés par Tanya et Graig. Ce dernier s’équipe d’un caisson avec appareil-photo et phares puissants. 

Jerome-sous-leau

Pendant ce temps-là, je discute, en anglais, avec Ben et Leigh. Ils seront super patients et cools avec moi et mon anglais tout pourri, bien que je m’améliore. Pas le choix, j’ai plein de questions à poser. J’apprends qu’il n’y a plus qu’un seul club de plongée et en haute saison, le club a un autre bateau. Ils s’organisent pour faire des rotations afin qu’il n’y ai pas les 2 bateaux en même temps et limiter autant que possible l’impact des plongeurs dans la baie. Ce que je trouve très bien, en comparaison de ce que j’ai vécu à l’île Maurice. En haute saison, la baie accueille des dauphins et des baleines.

Au bout d’une 30aine de mn, Ben demande à Leigh de se préparer pour plonger. Il va faire un baptême. Là, moi je dis courageux (et un peu maso !). Quand Jérôme et Mélissa remontent, ils sont transis de froid. Mélissa ressort en criant des « Amazing ! Amazing! » à sa moitié. Pour le coup je reste sceptique au vue de la visibilité (l’eau est quand même bien verte) et de ma petite expérience avec les copains plongeurs de Jérôme. Et ce dernier me confirme que ce n’était pas génial en visibilité. Cela dit, il ne regrette pas du tout de l’avoir fait.

Après une heure, Jérôme et Tanya repartent pour une deuxième plongée plus axée sur la faune et la flore de la baie. Il y avait plein de petites choses à voir …d’après mon vécu avec les copains plongeurs, ça veut dire une petite plongée pas terrible.

Au retour des 3 plongeurs, nous déjeunons vite fait et direction Paihia. Ils mettront un certain temps à se réchauffer. Graig nous montre les quelques photos qu’il a prise des différentes espèces sous marines (murène, langouste, baliste). Ça a été une très agréable journée qui s’est déroulée dans une bonne ambiance.

Taupo et les Huka Falls

Nous avions le projet de descendre jusqu’au Tangariro National Park pour randonner, mais une fois arrivés à Taupo, nous ne voyons que les montagnes enneigées, très très enneigées. Au regard de la météo annoncée, pas possible de randonner pour le moment, du moins pas sans équipement adapté. Je propose à Jérôme de bifurquer vers Rotorua, connu pour ses sites géothermiques. 

Avant cela nous nous arrêtons d’abord près du Lac Taupo, fatigués par les heures de route. Nous restons 2 nuits à All Seasons Kiwi Holidays Parks. Le lendemain, on décide de faire le sentier qui mène aux chutes Huka Falls. Le chemin commence au Spa Park et longe la rivière Waikato River d’une belle couleur vert émeraude translucide. Elle est bordée de sources chaudes. D’ailleurs, nous y verrons tout un groupe de jeunes rugbymen y faire trempette avec leur staff. Dommage ! On n’a pas prévu nos maillots de bain.

Nous arrivons aux chutes Huka Falls, qui n’ont rien de bien extraordinaire. Il s’y déverse environ 200 000 litres d’eau/seconde à ce niveau de la rivière qui forme un goulot d’étranglement.

Huka Falls

Au retour au camping, nous apprenons que les températures chutent dans la nuit : -1°C annoncé. Pétard ! Ça va cailler ! Et au même moment, la famille et les amis nous narguent avec les 35°C au pays 😏. Avec la couette et le sac de couchage, nous n’avons pas froid dans la nuit. Le matin, le levé est compliqué et parfois retardé : il faut s’extraire de la chaleur du lit pour s’habiller rapidement dans la froideur du van.

Rotorua et les sources géothermiques

La 1ère chose qui nous frappe quand on approche de la région des sources de géothermie est l’odeur du soufre, ce qui s’apparente comme vous le savez à celle d’oeufs pourris. Et elle sera présente durant tout le temps où nous resterons dans les environs. Arrêt au camping « Rotorua Family Holidays Parks ». Petit camping pas trop cher (30$ pr 2 avec électricité). La gérante nous donne pleins d’infos sur ce qu’il y a faire et un voucher de -10% pour certaines activités.  

Les températures, elles, ne remontent pas, au contraire. Et on n’a pas loué le petit chauffage avec le van, erreur ! (que nous ferons pas pour l’île du Sud). Nous emmagasinons des calories au café « Fat Dog », le bien nommé, où ils mettent le paquet sur la quantité, un peu au détriment de la qualité. La carte propose un dessert pour 2 : Death by chocolate, tout un programme !

Wai O Tapu

Nous visitons le parc Wai O Tapu Thermal Wonderland qui est la plus grande surface d’activité géothermique de la zone volcanique de Taupo. Le mot Tapu signifie sacré en maori. Nous commençons par découvrir le geyser Lady Nox, cratère de 2m de haut qui crache de l’eau chaude toutes les 24-72h. Pour ne pas faire attendre les touristes et leurs timings serrés, la guide verse du savon dans le geyser et, tandis que Lady Nox s’échauffe, elle nous explique l’histoire du site et le principe du geyser. Au bout de 5min, l’eau se met à jaillir, de plus en plus haut, jusqu’à atteindre 20m environ. Le phénomène dure une quinzaine de minutes, suffisantes pour que tous les visiteurs aient le temps de faire des photos. 

Nous visitons ensuite les cratères et les bassins d’eau aux couleurs magnifiques. Une atmosphère de terre de feu aux multiples facettes se dégage au cœur de la nature qui s’est adaptée à ces températures élevées et à ces gaz toxiques. Le soufre, l’antimoine, l’oxyde de fer, l’arsenic, et j’en passe, apportent une palette de couleurs extraordinaires, le tout enveloppé de fumée que le vent déplace ou rabat sur les touristes. C’est un peu la cohue pour prendre des photos : il faut parfois attendre, ne pas s’impatienter lorsque des couples font leur 15e selfie avec leurs perches à la con. Nous verrons la maison du diable, l’encrier du diable, le bain du diable, le cratère de l’enfer, que des noms qui t’indiquent de ne pas y tremper un pied ou alors à tes risques et périls.

Certains cratères ont moins de 60 ans. Jérôme va passer un moment à tourner autour de la piscine de champagne. C’est un bassin de 60m de diamètre et de 60m de profondeur avec une couleur bleue et des bords rouges bruns. C’est magnifique à voir et très compliqué à prendre en photo.

En sortant du parc, nous déjeunons dans l’auberge en face. Nous commandons du vin servi dans 2 bouteilles de 230 ml. La patronne demande qui va conduire après le repas. Jérôme se désigne.  Ben oui, 230ml de vin, ça va lui mettre la tête à l’envers. Il a de la chance, je suis partageuse. On repart un peu allumé (le rouquin titre à 13,5°), la patronne avait raison.

Te Puia

Le lendemain, nous visitons Te Puia, un centre sur la culture maori et la géothermie. L’entrée est payante et des suppléments permettent d’avoir accès à plus d’activités. Nous prenons l’activité « bouffe ». Nous allons découvrir un repas avec un mode de cuisson maori : le « Hangi », c’est une cuisson à la vapeur au-dessus d’un geyser. Notre guide Paul est un grand gars costaud au cheveux longs. Il nous amène aux cuisines où nous choisissons les aliments (poulet, maïs, patate, cresson, kumara) que nous disposons dans un plat hermétique qui sera déposé dans un four à même le sol. Paul nous fait visiter le parc et se frappe le coeur quand il emploie les mots maori et Te Puia. 

Nous visitons le New Zealand Maori Arts and Crafts Institute qui oeuvre pour la promotion, la préservation et la protection de l’art maori. Ici, pendant 2 ou 3 ans, des élèves d’ascendance maori, apprennent les arts ancestraux avec les techniques du 21è siècle. Les hommes sculptent le bois, le jade ou le bronze, les femmes tissent des vêtements et des sacs. Avant que nous demandions le pourquoi de cette séparation des tâches, Paul prend les devants : for many reasons 

Ensuite, nous allons voir notre repas en train de cuire puis Paul nous fait visiter le parc géothermique. Nous aurons l’occasion de voir le fameux Kiwi, oiseau emblématique du pays, espèce endémique et en voie de disparition. Comme il ne sort que la nuit, nous l’observons à travers une plaque de Plexiglas sous lumière rouge (les flashs sont évidemment interdits, donc pas de photos). Il peut s’observer dans la nature, mais c’est très difficile de le voir.

Le temps menaçant du matin vire à la pluie. Nous sommes contents d’aller manger. On nous installe sous un tivoli, on nous apporte nos plats et on se retrouve seuls à manger. Le plat est bon, mais c’est une cuisson à la vapeur toute simple. Même si la vapeur vient des tréfonds de la terre, il n’y a rien de bien exotique. Je me dis juste que si les Néo-Zélandais pratiquaient encore cette méthode de cuisson ancestrale, ils n’auraient peut-être pas le même gabarit.

Barquette de Hangi : cuisson à la vapeur de chou, carottes, kumara, maïs et poulet

Ce jour-là, Jérôme tombe sur Natasja et Michel, un couple de plongeurs qu’il a connu dix ans plus tôt. Ils nous font une description absolument magnifique de l’île du Sud, où nous n’avions pas prévu de nous rendre, préférant arpenter à fond celle du Nord. Devant leur enthousiasme, photos à l’appui, nous nous mettons à hésiter. En fait, notre décision est déjà prise, mais nous ne le savons pas encore.

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