L’ÎLE DE FAIAL

Que faire à Faial ? Et bien, en fait, pas mal de choses.

HORTA ET SON PORT

On peut observer les voiliers qui font relâche au port avant leur dernière étape vers l’Europe. C’est agréable de marcher le long du port. Il est actif, sans être bondé. Il y a une tradition quand un bateau fait escale à Praia : chaque équipage en escale laisse une trace de son passage en peignant une fresque sur les murs du port ou sur les espaces encore libres. Au fil du temps, le lieu s’est transformé en une immense galerie de street art marin.

Tant que l’on est sur le port, on peut aller se renseigner auprès des professionnels qui proposent des sorties en mer pour la plongée sous-marine ou pour observer les mammifères sous-marins. C’est facile : les sociétés sont toutes dans le même bâtiment.

Des hauteurs de la presqu’île de Monte da Guia, on peut apprécier la vue sur Horta. Il y a aussi une plage de sable (c’est rare aux Açores) où les baigneurs nagent sous la surveillance des maîtres nageurs et sous la menace des méduses. Ce bras de mer rappelle l’île de Molène.

En furetant dans les rues de Horta, nous tombons sur la boulangerie A Padaria qui propose du bon pain, des viennoiseries et pas mal de choix de plats, à emporter ou à consommer sur place. Ils ont quelques tables à l’intérieur et une terrasse agréable (attention aux moineaux qui sont au taquet pour piquer de la bouffe).

RANDONNÉE DE LA CALDEIRA vers CAPEHINOS

Le chemin des 10 volcans permet de traverser la moitié de l’île d’est en ouest. Le départ se situe à la caldeira du volcan. On s’y est rendu en taxi et on a négocié qu’il nous attende à la pointe ouest de l’île afin de nous ramener à Horta.

Cette marche de six à sept heures permet de découvrir différents paysages, comme une forêt de cèdres rouges du Japon ou des chemins bordés d’hortensias et de bruyères. Plus loin, le Parc floral de Capelo (Jardin Botânico do Faial) rassemble toutes les plantes endémiques des Açores. À mesure que l’on approche de l’océan, la végétation devient plus rase puis on arrive où eut lieu la dernière éruption volcanique (1957-1958). La lave est encore nue puisque les végétaux n’ont pas eu le temps de la coloniser.

TREKKING DANS LA CALDEIRA DO FAIAL

Autrefois lieu de promenade pour les habitants de l’île, la caldeira de Faial est devenue un parc national où seuls 45 visiteurs par jour, encadrés par un guide, peuvent y pénétrer. Les bâtons de marche sont proscrits, le port du pantalon est vivement recommandé.
Notre guide, Frédérico de l’agence Endemic vient nous chercher à notre logement. En route vers le cratère, on s’arrête pour prendre deux autres randonneuses. Aujourd’hui, ses 4 client(e)s sont francophones et notre guide sent venir le piège de la langue. Il tente d’imposer ses conditions : les commentaires durant la randonnée seront assurés en anglais, car son niveau en français ne lui permet pas d’assurer correctement les explications. Nous acceptons, bien entendu, et nous nous mettons tous à parler en français. Cinq minutes plus tard, Frédérico fait de même.

Vers 10 h, nous sommes en haut du cratère. La brume matinale s’est dissipée. Nous passons la petite porte en bois qui délimite symboliquement le début du parc, en progressant en file indienne pour ne pas écraser la végétation. La descente de 500 mètres de dénivelé nous fera traverser trois étages de végétation.
Sur les 900 espèces de plantes de l’archipel des Açores, seules 200 sont endémiques. Beaucoup ont été importées au fil des siècles, comme les cèdres du Japon pour la construction des bâtiments et des bateaux ou les hortensias pour embellir les jardins. Certaines se sont si bien acclimatées qu’elles ont évincé les espèces locales. Un détail permet de les différencier : la fleur des plantes endémiques est petite (elle n’a besoin que du vent pour disperser son pollen) tandis que les plantes importées ont des dimensions plus imposantes et voyantes pour attirer les insectes pollinisateurs (eux aussi introduits). La caldeira est un lieu plutôt difficile d’accès et situé en altitude, ainsi les espèces végétales endémiques y ont mieux résisté qu’ailleurs.

La végétation sur le chemin pour descendre au cratère

Au début, le chemin est aisé. Mais, c’est uniquement au début. La pente s’accentue très vite et on doit s’adapter sans cesse au terrain : passer sous les branches basses, se tenir aux racines et allonger les jambes pour trouver un appui. Être souple est définitivement un avantage. Sur les consignes du guide, on met parfois les mains par terre « hands on the ground ». Attention à ne pas écraser une orchidée, toucher une plante irritante ou s’essuyer les mains sur un épais tapis de mousse qui ne supportera pas l’acidité de la peau humaine.
Nous atteignons un replat dégagé. Ici, on a fait 1/3 du chemin, on peut aller s’isoler derrière des bosquets (si besoin) et on doit décider si l’on souhaite continuer ou faire demi-tour. Aucun réseau téléphonique n’existe dans le cratère, alors, en cas d’accident, le guide doit remonter au parking, appeler les secours et retourner auprès du/de la blessé(e). Les secours arrivent-ils par le sentier ou par hélicoptère ? Nous n’avons pas posé la question.

L’ambiance a changé. La forêt est plus dense depuis qu’on a perdu de l’altitude. Le chemin suit plus ou moins le lit d’un des ruisseaux qui gonflent lors des fortes pluies : on passe dans une gorge d’un mètre de large où les parois sont lisses et les pierres au sol glissantes. Il faut rester concentré.
Frédérico évolue sur le chemin avec une facilité assez exaspérante. Il parle aussi de mieux en mieux français, avec parfois un mot en anglais pour bien préciser sa pensée.

Progressivement, les arbres cèdent la place aux arbustes et aux ronces. Frédérico nous montre une grande plante proche du gingembre : il s’agit d’une plante importée d’une région de l’Himalaya pour ses grandes fleurs. Deux mètres plus loin, nous nous retrouvons devant une fougère endémique qui ne disperse pas ses spores dans l’air, mais fait tomber un bourgeon au sol, donnant naissance à une nouvelle plante-clone. On trouvera de la menthe sauvage et une espèce d’aneth venue du fond des âges (elle était déjà présente sur Terre avant les dinosaures) qui possède des propriétés étonnantes : elle peut être bue en infusion, utiliser comme désherbant ou comme répulsif à moustiques. Après 2 h 30 de descente, nous atteignons le fond du cratère.

La végétation évoque la savane. On ne serait pas étonné d’y croiser un zèbre ou une lionne couchée à l’ombre des arbres. Mais, non, il n’y a que nous. Après deux tremblements de terre successifs, des failles se sont ouvertes et le lac qui s’étend sur une partie du cratère disparaît en été. Il y a peu, nous aurions marché dans 20 cm d’eau. Les habitants élevaient dans ce lac des poissons destinés aux bassins d’ornement. Cette inondation périodique dessine les espaces sur lesquels pousse chaque espèce. Les arbres poussent uniquement sur les buttes, où leurs racines ne sont pas immergées. Tout le reste est le domaine des hautes herbes.

Arbres dans le cratère

Un pommier ? Il provient d’un trognon amené par quelqu’un, assure Frédérico. Rien à voir avec l’arbre érica azorica, surnommé le balai  car ses branches sont utilisées comme tel. L’érica est un pionnier, parce qu’il pousse sur la lave nue. Ses racines fracturent les roches et permettent à d’autres espèces d’y pousser. Il permet même à certains végétaux de pousser sur ses branches, sans qu’ils le parasitent. D’ailleurs, les parasites n’existent pas réellement aux Açores, du moins, ils n’entraînent pas la mort de leur hôte.
Frédérico offre à chacun de nous un pastel de nata, cette célèbre pâtisserie portugaise. Nous avons quartier libre, avec deux consignes : être toujours en contact visuel entre nous et ne pas trop traîner quand il sonnera le rappel. Certain(e)s prennent frénétiquement des photos, d’autres profitent de l’énergie du lieu.

Au retour, nous reprenons le même chemin, juste un petit détour pour découvrir une cascade. La remontée n’est pas réellement plus facile : il faut lever les bras et les jambes pour attraper des prises souvent glissantes et faire attention aux branches qui laissent sur le crâne des marques douloureuses. La fatigue s’installe progressivement. Dans d’autres contrées, là où la protection de la nature n’est pas une priorité, on aurait installé une télécabine pour visiter le cratère.

Nous arrivons au parking. On se félicite, on fait la photo du groupe, puis Frédérico nous reconduit à nos hôtels. Voilà 11 ans qu’il a déménagé du Portugal pour les Açores. Quand il ne gère pas de groupes, il retape une maison ou mène des recherches écologiques, comme le recyclage des déchets des outils de pêche par exemple. « Ici, conclut-il, nous sommes sur des îles en plein milieu de l’océan Atlantique, on prend le temps de faire les choses, la vie est douce. »