Les Alpes Japonaises vues de Matsumoto

11/07/2018 – départ pour Matsumoto et les Alpes Japonaises. Comme on l’a déjà évoqué dans l’article précédent, prendre la route au Japon n’est pas simple. Soit vous avez l’option « voies locales », ce qui équivaut à nos départementales ou nationales, soit vous avez l’option « autoroute ». De Fujiyoshida à Matsumoto, il y a 160km. GoogleMaps nous prévoit 2h00 de route et le GPS de notre voiture, lui, annonce 6h par les voies locales et 3h15 en autoroute. Ben, malheureusement pour nous, c’est le GPS japonais qui a raison (il joue à domicile). Le coût de l’autoroute pour seulement 160km est de 2200¥ (17€). Nous prenons l’option qui mixe les 2.

C’est un peu la galère dans la mesure où c’est ultra-urbanisé dans la région. Nous dépassons rarement le 50km/h, il y a des feux tricolores tous les 50m…. c’est usant. Nous arrivons tardivement à Matsumoto et le camping repéré ne nous convainc pas trop (c’est le we et de nombreux japonais ont transformé le camping en BBQ géant).

L’auberge de jeunesse Shimashima sur la route de Kamikochi

Nous dormirons à l’auberge de jeunesse de Shimashima et nous ne le regrettons pas à tous points de vue, même si c’est plus cher que le camping.

L’auberge est tenue par Kōsuke, Keina et son équipe. Nous aurons une chambre spacieuse de style traditionnel avec futons. Il y a une cuisine et un salon avec un distributeur gratuit de boissons. Nous discuterons un moment avec Keina. Elle a déjà visité pas mal de pays et a encore des envies de voyages.

Nous nous rendons au centre de Matsumoto à l’office du tourisme pour obtenir des infos sur des campings. Il y en a 2 proches du centre. Le 1er indiqué est un camping tout confort, très cher et qui en fait est loin du centre. Quant au 2éme, c’est celui que nous avions déjà repéré la première fois. Il est complet pour le we, nous réservons pour la semaine suivante. Nous retournons à l’auberge de jeunesse en priant qu’ils pourront nous accueillir. Je fais également quelques demandes en couchsurfing.

Kōsuke peut nous recevoir 2 nuits, mais pas samedi soir (complet). Il nous explique qu’il y a un jour férié accolé au we et donc tous les Japonais sont de sortie. Je rappelle qu’ils prennent peu de vacances et profitent de ces jours fériés.

Nos demandes de couchsurfing ont fait choux blanc. Donc nous avons une nuit sans rien. Hum! bon, nous cherchons un autre camping. Nous finissons par en trouver un, très roots, prés d’un mini golf. Pas de douches, toilettes algecco, éviers dehors sans abri. Mais pour une nuit, ça le fera.

Nous décidons de profiter de nos 2 jours pour aller randonner dans le parc de Kamikochi et visiter Matsumoto. Notre hôte nous explique que nous ne pouvons pas aller en voiture jusqu’au bout, la route est en usage restreint. Seuls les bus y ont accès. L’auberge est bien située car elle est sur la route de Kamikochi.

Kamikochi et Happy Birthday Jérôme !

Nous prenons la direction de Sawando Station, dernière station où garer la voiture. Parking payant (600¥ pour la journée). Ensuite nous prenons le bus pour Kamikochi -environ 45/50mn-4200¥ pour 2.

Nous arrivons au centre du Parc Kamikochi. Il y a plusieurs sentiers possibles. Nous décidons de longer la rivière Azusa, qui doit son nom à sa couleur bleu émeraude. Nous sommes dominés par les monts à 3000m d’alt. Ah, un singe au museau rose ! Il y en a beaucoup dans le parc en toute liberté. Et nous croisons évidemment beaucoup de touristes.

Nous empruntons le fameux pont suspendu – Pont Kappa – qui offre une belle vue sur le mont Oku-Hotaka, culminant à 3 190 mètres. C’est là que Jérôme me rappelle, à ma grande honte 😩, que nous sommes le 13 juillet. Pétard ! J’ai zappé son anniversaire, et tant qu’à faire, avec moi, pas de jaloux, celui de mon frère la veille !😜. Va falloir que je me rattrape !

Nous continuons vers Myojin Pond. Le sentier est tranquille, il longe la rivière sous le couvert des arbres et des bambous. Nous faisons demi-tour et continuons sur Taisho Pond. Au final nous aurons marché 5h environ, en mixant les sentiers proposés. Retour à Shimashima.

Nous fêterons l’anniversaire de Jérôme dans le restaurant qui jouxte l’auberge (ça communique ensemble) et qui vient juste d’ouvrir. Non seulement ce n’est pas cher, mais c’est un vrai régal : edamme, kimuchi, tempura….bravo aux chefs cuistots.

Quand le samedi matin, nous sommes prêts à quitter l’auberge, Kōsuke nous annonce qu’il a eu une annulation à l’instant et que nous pouvons rester. YES !!!

Le Château de Matsumoto et les rues typiques de la ville

Soulagés, nous allons visiter allègrement le Château de Matsumoto. À l’entrée, une pancarte indique que des guides sont disposés à nous accompagner, que c’est gratuit, qu’il n’y a pas besoin de pourboire et que le sourire est assuré. Notre guide s’appelle Reiko. Elle ne parle pas encore le français, mais est en train d’apprendre. Grâce à elle nous comprenons mieux l’histoire de ce château, emblématique de la ville.

Cet édifice est beau par ses lignes et majestueux. Il a été bâti pendant la période de l’ère Eisho (1046-1053). Les douves sont larges de 60m, la distance correspondant à la portée maximale des canons et armes à feux de l’époque.

Il détient le plus ancien tenshu (tour de donjon) du Japon, conçu pour la guerre. Il dispose également d’un tsukimi-yagura (tour d’observatoire de la lune) dont trois côtés sont ouverts pour observer la lune (nord, est et sud), le quatrième côté ouvrant sur des portes coulissantes. Et à l’ouest me direz vous ?  On peut observer le reflet de la lune en buvant son sake. Ces tours auraient été construites pendant l’ère Bunroku (1593-1594).

23 générations de 6 familles des seigneurs du Clan Matsumoto ont vécu dans ce château, ou, du moins, l’ont utilisé en période de guerre.

Nous irons par la suite parcourir les rues Naka-machi et Nawate. Ce sont des rues typiques, qui font un peu décalées par rapport au reste de la ville très urbanisée et moderne. On y trouve des maisons anciennes, magasins d’artisanat comme des brasseries de saké (qui ne fonctionnent plus, mais se visitent), des restaurants proposant des spécialités sympathiques.

La rue Nawate célèbre la grenouille. A l’ère Meiji (1879), il fut construit le temple Yohashira et la rue Nawate permettait d’accéder de la rivière au temple. Elle est devenue très commerçante et d’accès facile pour les visiteurs qui achetaient et repartaient rapidement, d’où le nom kaeru (venir, acheter et repartir). Ce mot signifie aussi « grenouille ». Une statue a d’ailleurs été érigée par les artisans à l’entrée de la rue pour garder un œil sur eux et les protéger.

Un midi, après de très bons takoyakis (boulettes de blé contenant du poulpe, du poisson, de l’oignon et du gingembre) qui nous ont mis en appétit, on s’offre un restaurant de soba (nouilles au sarrasin), spécialité de la région. Nous prenons des sobas froides. Elles sont servies dans des boîtes au fond en bambou (2 boites pour chaque personne).

On nous amène du wasabi frais, de l’oignon et du radis noir broyé. La serveuse nous explique la façon de faire : le wasabi est râpé sur les sobas (le client gère la quantité), l’oignon et le radis sont versés dans une tasse où on rajoute de la sauce soja. Là, nous comprenons que la sauce est ensuite versée sur les nouilles. Erreur ! Les plateaux laissent passer la sauce qui se répand sur la table. La serveuse intervient et nous réexplique que c’est la nouille qui va à la sauce, pas l’inverse. Il faut prendre une petite quantité de nouilles avec ses baguettes,  les faire tremper dans la sauce et les manger. On entend les clients à coté slurper leurs nouilles, technique 100% japonaise pour manger des nouilles qui consiste à aspirer les pâtes dans la bouche (avec un bruit de slurp) tout en les guidant avec les baguettes ; c’est super compliqué à réaliser. À la fin du repas, la serveuse nous apporte l’eau de cuisson des nouilles qu’elle verse dans la tasse contenant le reste de légumes et de soja : c’est une soupe pour finir le repas.

À notre retour le soir à l’auberge, nous sommes invités avec d’autres hôtes à participer à un shooting photos par une reporter d’un journal très connu sur la Préfecture de Nagano. Il s’agit de faire la publicité et la communication sur le nouveau restaurant qui vient d’ouvrir. Nous acceptons de bon cœur ! Par contre nous ne connaissons pas malheureusement le nom du journal en question… Pour nous remercier, nous aurons tous droits à des tranches de pastèque.

Le camping

Le lendemain, nous quittons à regret l’auberge pour le camping. Comme nous sommes un dimanche midi, le camping est plein, non de campeurs mais de familles ou de groupes d’amis de tous les âges venus manger devant un barbecue. Ce camping propose des emplacements sous une toile (avec petits bancs en béton) ou sous un toit (avec bancs en bois) avec une place pour faire du feu. Différents ustensiles (pinces, balayettes, …) sont à disposition.

Les brasiers fument à tous les emplacements. Il faut tourner avec le vent pour éviter la fumée. Des enfants, les yeux bandés, frappent à tour de rôle sur une pastèque pour la faire éclater, leurs parents apprécient la précision des coups. Une fillette dévore Laurence des yeux et nous parle, son papa traduit en anglais quelques phrases. Le lendemain matin, un Japonais nous offre un café qu’il vient de faire chauffer, on discute un peu. Le camping se vide, nous serons souvent les seuls à y dormir.

Le we BBQ est fini, nous sommes seuls au camping
Le we BBQ est fini, nous sommes seuls au camping

Comme pas mal de campings japonais, celui-ci ne propose pas de douche mais un onsen… payant (400¥). Il y a toujours des clients. Les Japonais n’économisent pas le savon ni l’eau, les douches sont longues. Ils exécutent tout un rituel : mettre une petite serviette sur la tête, s’asseoir sur le tabouret, se frotter le dos, se laver et se rincer à plusieurs reprises, puis aller au bain chaud, y rester quelques minutes et ensuite en sortir pour s’asperger d’eau froide. Parfois un gars frotte le dos de son ami. La plupart du temps, nous sortons bien avant eux. Pour entrer dans les vestiaires de ce onsen, nous avions compris que les hommes rentraient à droite et les femmes à gauche. Et bien, parfois ça change : un soir, nous nous retrouvons chacun dans le mauvais vestiaire ! La dame de l’accueil se précipite pour nous remettre devant les bonnes portes.

Mont Yake Dake

1ere news à notre réveil, nous apprenons que la France a gagné la coupe du monde de Football. On est les champions, on est les champions 🇫🇷🍾🥂 Jérôme n’a pas vraiment bien dormi car il s’est réveillé 2 fois dans la nuit pour regarder le résultat. En plus, il y avait les phases finales du tournoi de Windbledon.

Sur cette info vitaminée, nous retournons à Kamikochi pour l’ascension du Mont Yake Dake. Un mont volcanique toujours en activité et qui culmine à 2444m alt.  Le dénivelé est 960 m sur 5,6km de sentier.

La journée s’annonce ensoleillée et chaude. La 1ere partie est plutôt facile, sous le couvert de la forêt. Nous avons toujours la clochette suspendue au sac à dos et le sifflet, car des ours noirs ont été signalés dans le coin. Et oui, ici, les ours sont noirs, pas bruns. Il y a débat pour connaitre les plus dangereux pour les randonneurs car chaque ours a ses spécificités.

La 2eme partie est plus sportive avec nombreuses échelles et quelques lignes de vie. Rien de technique, mais il fait déjà chaud et on a notre p’tite suée. Un Japonais nous serre la main et nous félicite pour la victoire de la France !

Nous passons devant un refuge qui est au croisement de plusieurs sentiers. Nous continuons vers le sommet. Le sentier change. Il est plus exposé : sable et graviers volcaniques glissants et coupants.

Nous ne sommes pas les seuls sur le sentier et nous y croisons de nombreux Japonais. Nous arrivons enfin au sommet de Mont Yake Dake et profitons de la très belle vue sur les montagnes voisines et la vallée. Certains monts sont encore enneigés, bien que nous soyons en été. Nous sommes entourés par les fumeroles et l’odeur de soufre.

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