Le Lac Skadar

Après le parc national de Prokletije, nous descendons vers le lac Skadar, au sud du pays.

La route Andrijeca – Kolasin, comme une bonne route de montagne qui se respecte, est passablement étroite et sinueuse. Elle grimpe à un col à 1500 m alt. marquant l’entrée du parc régional Komovi, situé sur le massif éponyme.

Quelques kilomètres plus loin, la route pour Podgorica passe par les gorges de la rivière Morača. Les paysages semblent magnifiques, mais on ne voit pas grand chose de la rivière en contrebas (surtout quand on conduit). Des grands travaux d’aménagement sont entrepris dans la région : des ponts enjambent les vallées, des tunnels traversent la montagne. Et comme il faut des pierres, des carrières apparaissent un peu partout. Les entreprises chinoises ont décroché les appels d’offres.

Les abords de PODGORICA

À 20 km au nord de Podgorica, le resto du camping couplé à l’hôstel Izvor propose, ce soir-là, un plat typique (et unique) : poivrons jaunes farcis au riz et recouverts d’une sauce épaisse aux reflets oranges cuite au chaudron. Nous goûtons enfin ces poivrons vendus dans tous les marchés par sac de 5 à 10 kg.

De l’autre coté de la rivière, nous explique un couple franco-suisse stationné à coté de nous, il y a un spot d’escalade. Les cotations sont compliquées à comprendre, précisent-ils (un peu comme le balisage des sentiers de rando, en somme). Ils viennent d’Allemagne, descendent vers la Grèce et conseillent vivement de voyager en Bosnie. Ils y ont reçu un excellent accueil, accueil qu’ils ne retrouvent pas dans les autres pays.

Nous dédaignons Podgorica. Avons-nous eu raison ? Coté architecture, ça ne semblait pas terrible. Pour la culture et la gastronomie, la capitale du Montenegro aurait mérité, sinon le voyage, du moins le détour. Pour autant nous fonçons vers lac Skadar, au point d’en oublier les courses.

Arrivée au lac de skadar

À Vranjina, nous prenons le pont enjambant la rivière Crnojevica qui alimente pour partie le lac Skadar. Elle s’est déjà bien élargie et forme une lagune. Le lac Skadar est le plus grand lac des balkans. Il est devenu un parc national protégé en 1983, connu pour être une réserve de plus de 200 espèces d’oiseaux. Le Montenegro et l’Albanie se partagent ce lac.

Virpazar est la bourgade marquant l’entrée du parc de Skadar. C’est là que, sans préparation mentale préalable, nous voyons déferler un tsunami de touristes à la recherche d’on ne sait quelles activités que les gars du coin proposent à tout ce qui ressemble de près ou de loin à un étranger. Nous avions prévu de nous arrêter pour récupérer des informations au Visitor Center. Mais tant pis ! On se barre de là, en essayant de ne pas écraser quelqu’un.

La route panoramique (c’est la seule) court sur les flancs des collines qui bordent le lac dans sa partie sud. Elle est très étroite. Décidément… Tous les kilomètres environ, la DDE locale a aménagé des espaces suffisants pour que deux véhicules s’y croisent (en rabattant les rétroviseurs et en y allant doucement, ça passe). Nous mettons peut-être une heure pour parcourir 30 km. C’est long, que c’est long ! Mais la vue est belle.

Comme le pêcheur jetant sa ligne au milieu du lac persuadé que s’y trouvent les plus gros poissons, nous roulons le plus loin possible, persuadés que nous y trouverons le plus bel endroit. En fait, comme nous ne nous sommes pas arrêtés au Visitor Center et que nous n’avons pas trop d’infos sur nos guides, nous roulons un peu à l’aveugle.

Nous quittons la route pour descendre (la pente est raide) vers Muriči. Il n’y a pas âme qui vive dans le bourg, ni commerce ni troquet. Nous arrivons tout de même à atteindre le lac.

murici

À Muriči beach, on stationne à un parking pour 6 ou 8 voitures (2 € la journée, 5 € les 24 heures). Le proprio nous assure que nous pouvons y rester le temps que l’on veut (du moment qu’on paye chaque jour). À deux pas, il y a un petit complexe B&B, associé à un camping, avec son bar-resto. Le serveur déconseille aux clients de se baigner dans le lac en ce moment : les algues et les nénuphars l’ont envahi, ce qui est inhabituel pour la saison explique-t-il.

On aurait l’impression d’être en bord de mer, si ce n’étaient quelques détails qui nous rappellent que nous sommes devant une étendue d’eau douce. Qu’importe, le lieu est très calme.

Le lendemain matin, vers 6h30, le soleil n’est pas encore complètement levé, mais il fait suffisamment clair et pas encore trop chaud pour se balader et prendre des photos.

Deux pêcheurs accostent sur la plage et, aidés par le patron du B&B, déchargent leurs caisses de poissons. Nous sommes trop loin pour distinguer quels sont les poissons pêchés (dans l’hypothèse où nous aurions été capables de les reconnaître.)

Des canards nagent sur le lac. Sur la petite île de Beska, en face de nous, un clocher trahit la présence de son monastère bâti dans un renfoncement.

Nous reprenons la route. Elle se décide à bifurquer dans les terres et des collines nous masquent à présent le lac. Nous entrons dans une forêt de châtaigniers, la plus grande du Monténégro. Les arbres de 20 mètres de haut apportent de l’ombre et une agréable fraîcheur. Seul bémol sur le chemin entre les bourgades, les poubelles qui s’amoncellent à coté de containers archi pleins.

bobovist

Bobovist est un village légèrement en retrait du lac. Nous nous garons entre le terrain de sport et la mosquée. Nous marchons vers le petit port par le chemin bitumé écrasé de soleil. Des taillis jaillissent des cris d’oiseaux invisibles. Chaque parcelle possède ses ruches.

Bobovist

D’ailleurs, à propos d’insectes, le volume sonore de leurs bourdonnements nous a souvent surpris lors de nos différentes randos. Les insectes monténégrins, seraient-ils plus bruyants que leurs cousins français ? Ils sont surtout beaucoup plus nombreux, probablement grâce à une utilisation moins frénétique des pesticides.

Ce vrombissement est la réminiscence d’un souvenir et nous prenons conscience que, dans nos campagnes, nous avons perdu l’habitude de les voir et de les entendre voler en tous sens. Ok, dans le tas, forcément, il y a des moustiques.

Au port de Bobovist, une table branlante mais placée à l’ombre (sagesse des anciens) nous accueille pour le déjeuner. Nous déballons les produits achetés à une mémé au bord de la route. Les grenades ne sont pas mûres et les figues sont pleines de vers : on s’est bien fait avoir avec nous gueules de touristes.

On se console en contemplant les oiseaux (cormorans, aigrettes, hérons, mouettes et corbeaux dont le ramage tire sur le gris) et les montagnes albanaises un peu masquées par la brume de chaleur.

Deux pêcheurs préparent leur barque pointue. L’un des deux est descendu au port avec sa cellule motrice (sorte de motoculteur) tractant une remorque. Si les Monténégrins des campagnes possèdent des voitures (de marque allemande en général), ils en font une utilisation très raisonnée, préférant la marche, la charrette à bras ou ces motoculteurs pour les trajets courts. Après avoir contourné la petite digue et parcouru une centaine de mètres, les pêcheurs sont obligés de relever le moteur, car la quantité importante d’algues les oblige à poursuivre à la rame.

Nous roulons ensuite vers le sud-est. Dans un village, nous faisons quelques courses limitées par le manque de choix des deux supérettes. La route prend ensuite de l’altitude. Nous sommes presque à la frontière albanaise. Nous jetons un dernier coup d’œil au lac Skadar avant de bifurquer au sud-ouest pour redescendre dans la plaine et rejoindre le lac Shas.

Vallée du lac SHAR

le lac shas

Comparé au lac Skadar, le lac Shas a une taille ridicule. Des sentiers permettent d’en faire le tour (du moins en partie) mais nous ne les avons pas trouvés, alors on se contente d’une petite ballade, mais la barrière des grands roseaux nous cache en partie la vue.

Toute proche du lac se trouve l’ancienne cité de Shas, connue, à l’époque de sa gloire, pour son grand nombre d’églises. Le site est maintenant aux mains des archéologues et ne se visite pas. Mais comme la grille n’est pas fermée, on va y jeter un coup d’œil. À part un bâtiment et les quatre murs d’une église où certaines pierres ne demandent qu’à tomber, les autres bâtiments sont à terre, leurs moellons disparus sous les arbustes.

Nous sommes garés sur un terrain de football qui n’a plus vu un ballon depuis longtemps. Nous allons y passer la nuit.

Laisser un commentaire