La langue Créole

Le mot créole vient de criollo, mot portugais désignant femmes et hommes nés dans les anciennes colonies, descendants d’esclaves et d’Européens.

Dans le premier siècle de colonisation, le français était la langue de l’ethnie majoritaire et dominante. Au 18e s, les esclaves originaires d’Afrique de l’Est et de l’Ouest, d’Inde, de Madagascar puis les engagés indiens, chinois ou rodriguais ont dû apprendre à cohabiter et à communiquer. Le créole a mis du temps à se constituer. Son vocabulaire comprend des mots tirés du français (dont de nombreux mots issus du langage des marins), du chinois, du malgache, de l’indien et des langues africaines.

Jusqu’à la construction à grande échelle de routes à la fin des années 60, les Réunionnais, toutes classes sociales confondues, étaient plutôt réticents à faire de grands (et forcément longs) déplacements. Un trajet supérieur à 10 km pouvait virer à l’aventure : une averse un peu violente, une ravine qui déborde et la route du retour est bloquée. (C’est toujours un peu le cas !) L’absence de contacts réguliers entre les habitants engendra des différences linguistiques. Il parait que l’on peut deviner où vit un Réunionnais rien qu’en l’entendant parler : son accent indique s’il vient du Nord, du Sud, des Bas ou des Hauts.

Le créole est-il une langue ? C’est une question très compliquée qui souleva les passions dans les années 60-70. Pour y répondre, il faut une sérieuse formation de linguiste pour différencier une langue d’un dialecte, d’un patois ou d’un sabir. Sans notion de linguistique, on peut aussi avoir un avis, téléguidé par l’idéologie politique. Il y avait les partisans du tout français, composés par les « colonialistes français » (ainsi désignés par leurs opposants) considérant le créole comme un français abâtardi et par des insulaires affirmant que le créole « dessert la jeunesse en la maintenant dans un sous-développement culturel dont souffre La Réunion depuis trop longtemps. » Dans le camp adverse, on rétorquait que «le colonialisme français a toujours méprisé les langues des peuples qu’il domine » et que le créole répond à tous les critères de la définition d’une langue.

La question fut réglée tardivement en 2014, lorsque le créole obtint le statut de langue régionale (au même titre que le corse, le basque, le breton, …) officialisant, si c’était encore nécessaire, une langue utilisée par 90 % des habitants, ciment de l’identité créole et parlée dans les universités. Il y a un office de la langue créole (Lofis La Lang Kréol). Le créole ne concurrence pas le français (langue officielle) : les Réunionnais passent d’une langue à l’autre.
L’enseignement en classe primaire du créole est toutefois encore un sujet de discorde. Certains affirment que son enseignement est nécessaire (c’est la culture de l’île). D’autres rétorquent, reprenant les arguments des années 70 et chiffres de l’illettrisme à l’appui, que seule une maîtrise parfaite du français (et des langues étrangères) permettra aux enfants réunionnais de s’insérer dans la société. Bref, c’est très compliqué.

Nous entendons parler créole depuis six mois maintenant. Trois ou quatre expressions mis à part, nous ne le parlons pas, bien sûr. Mais notre oreille arrive, tout doucement, à s’y faire et nous sommes (presque) capables de le comprendre à condition d’avoir bien suivi le sujet de la conversation, et ce, dès le début. Sinon, c’est foutu : on est largué, sans grande chance de pouvoir rattraper le fil. Dans ce cas, nous profitons de l’aspect chantant de la langue.

Pour tout ce qui touche à la prononciation et la grammaire, nous vous renvoyons à la page Wikipédia ou à la méthode ASSIMIL.

Découvrir une langue sans l’entendre est un non sens mais il est malheureusement impossible par écrit de décrire le créole avec exactitude : il faut écouter des Réunionnais parler, avec les intonations, les accents et le langage du corps ! En guise de consolation, nous vous proposons quelques phrases et expressions créoles.

In žoli tifiy i atann amoin. : Une jolie fille m’attend.

Lö marmay ou di, lé pa la žordï. : L’enfant dont tu parles est absent aujourd’hui.

Out momon la parl aou. : Ta mère t’a grondé.

Out momon i koz ek ou. : Ta maman te parle.

Méfié aou d’lo ki dor. : Il faut se méfier de l’eau qui dort.

Tourne out lang 7 foi dan out bous avan kosé. : Il faut tourner 7 fois sa langue dans sa bouche.

In bienfé lé zamé perdi. : Rendre service ne coûte rien.

Vié fiy i pèye pa zimpo. : Les vieilles filles ne paient pas d’impôt (pour répondre à une remarque sur le fait que l’on n’est pas encore mariée, ou réponse des parents à leur fille quand ils ne pouvaient payer sa dote).

Pasians lé mor sou pié tamarin. : Pasians est mort sous un pied de tamarin (pour répondre à une connaissance qui demande un temps supplémentaire – donc encore de la patience – pour rembourser une dette ou rendre un objet emprunté).

Formidable, la chanson de Stromae en créole réunionnais. C’est plutôt surprenant.

Si vous voulez être dans l’ambiance réunionnaise, il faut se brancher sur Radio Freedom. Les programmes de libre antenne (généralement en français) permettent de signaler un vol, de chercher l’âme sœur, de se renseigner sur des points juridiques et surtout de donner son avis sur l’actualité de l’île. Comme le soleil, le piment, et les caris, Freedom fait partie des petits trucs qui manquent aux Réunionnais résidents en métropole. Pour nous zoreys, c’est difficilement descriptible : il faut écouter !

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