Île Rodrigues (11 au 21 janvier 2018)

La Cendrillon des Mascareignes

L’île Rodrigues, située à 600 km à l’Est de Maurice, est d’origine volcanique. Elle est surnommée « la Cendrillon des Mascareignes » : c’est la plus petite des îles (18km de long sur 9km de large) et peut-être la plus belle. Découverte au XVIIième siècle par les Portugais, elle servit pendant deux siècles de halte et de garde manger aux bateaux en route pour les Indes. Les tortues géantes et les Solitaires (oiseaux cousins du Dodo), espèces endémiques de l’île, servirent de repas aux marins jusqu’à leur extinction. Tournés vers l’avenir et déterminés à rattraper son retard par rapport aux autres îles, les Rodriguais et le gouvernement autonome misent sur le tourisme tout en veillant à la protection des sites et de cet immense lagon, deux fois plus étendu que l’île. La langue officielle est l’anglais ; le créole et le français sont les langues les plus utilisées.

Arrivée à Rodrigues

Nous quittons l’île Maurice pour l’île de Rodrigues, à 1h30 d’avion. Après plusieurs jours de pluie à Maurice, nous espérons retrouver le soleil. Nous atterrissons sur le tout petit aéroport de Plaine Corail – Rodrigues. Dès la descente sur le tarmac, la chaleur nous surprend. Le passage en douane devrait être une formalité mais nous nous faisons contrôler, sans doute car nous sommes les seuls voyageurs avec des sacs à dos. La douanière veut s’assurer que nous n’avons pas de fusil harpon pour aller braconner dans le lagon. Autre info à savoir : les sacs plastiques sont interdits. Les premières impressions sont le calme et la sérénité.
Dix minutes de taxi plus tard, nous arrivons au Reposoir, sur la commune de La Ferme, notre chambre d’hôtes que nous avons réservée pour deux nuits. Nous y passerons en réalité la totalité du séjour. Nous sommes accueillis par Bernard, le maître des lieux et Adelette, son employée. Après un rafraîchissement et nos affaires déposées dans la chambre, nous partons visiter les environs, tout en cherchant à déjeuner. Une heure de marche plus tard sous le soleil, nous arrivons par hasard chez « Mamy Chèrie », table d’hôtes tenue par Raffaëlla, italienne qui aime parler de son île d’adoption : « À Maurice, ils vendent le paradis, mais ils l’ont trop bétonné ; le paradis, c’est ici maintenant ». Malheureusement, elle ne sert plus de repas du midi en raison d’une restriction d’eau : il n’a pas plu à Rodrigues depuis trois mois. Elle nous sert une boisson et s’étonne que nous marchions en plein mois de janvier sous la chaleur de la mi-journée : « On n’est pas au Mont-Blanc, ici ! ». Raffaëlla nous conseille sur les activités et les sites à visiter.

Un peu de randonnée avant les pluies

Le lendemain (vendredi), nous empruntons un des nombreux sentiers balisés pour se rendre sur la côte, de Baie Pistache à Baie du Nord. Une pluie fine nous accompagne, prélude – nous ne le savons pas encore – à la tempête tropicale qui arrivera le lendemain soir. En fin de journée, Jérôme tousse beaucoup. À cela, ajoutons un rhume qui ne veut pas passer et des yeux gonflés. Bernard propose de nous emmener à l’hôpital. Un infirmier l’enregistre, un médecin l’ausculte (sans le toucher) et lui prescrit des médicaments disponibles à la pharmacie de l’hôpital. Tout cela gratis : les frais médicaux sont gratuits pour les Rodriguais comme pour les touristes.

Le samedi, les médicaments ont fait leurs effets, alors on décide de visiter Port Mathurin, capitale régionale de l’île. Nous attendons le bus (il n’y a pas d’horaire affiché) à l’arrêt Piment puis découvrons la gare routière. Nous adorons ces bus colorés aux noms très inventifs : Prince of Love, Coconuts Tour, King of West, L’Aigle de la Route, Le Roi, etc. Certains ont des slogans : Just for you, Ultimate confort, For your Eyes Only. Dans les bus, on écoute du Séga (genre musical majeur des Mascareignes) et du rap français des années 90-2000. Le passager règle son trajet au contrôleur. Nous faisons un tour au marché de Port Mathurin pour quelques courses. Les affichettes indiquant les prix souhaitent également aux clients un « Bon Cyclone ! » et les Rodriguais se saluent entre eux par « une bonne journée et bon cyclone ». À notre retour, Bernard nous confirme l’arrivée de Berguitta qui, de tempête tropicale, s’est transformée en cyclone tropical de classe 3. Cela signifie qu’il est interdit de conduire et que les vols sont annulés. Nous restons bloqués à la résidence avec quatre autres français qui devaient partir ce samedi. Cela durera trois jours.

Le cyclone

Nous faisons plus ample connaissance avec Véronique, Jean-Yves, Solange et Alain, originaires des Landes. Avec le cyclone, Adelette ne vient plus travailler. Le stock alimentaire (notamment pour le petit-déjeuner) commence à baisser de manière significative, la vaisselle n’est plus faite, et surtout l’alcool se fait rare : il faut prendre les choses en main. Bravant les éléments, nous allons tous les six faire des courses aux petites épiceries proches.
Les fortes pluies plombent les vacances des Occidentaux mais ravissent les Rodriguais : les citernes se remplissent, c’est la fin de la pénurie. Tout le linge en attente est étendu partout : fils à linge et arbustes.
Au Reposoir, les repas se prennent maintenant ensemble ; cela permet de profiter des talents de cuisinier de Bernard et de Jean-Yves. Nous nous régalons de daube de cabri, d’ourites (poulpe), poulet et poisson. Bernard nous parle de la vie sur l’île, des rapports compliqués avec la grande soeur Maurice dont Rodrigues dépend économiquement et politiquement. Les Rodriguais rencontrés se sentent plus proches, dans l’esprit, de la Réunion et des Seychelles.

Seule la radio permet d’avoir des informations sur l’évolution du cyclone. Trois à quatre fois par jour, des bulletins d’alerte sont émis en anglais, en français et en créole. Le bulletin commence et se termine par cette phrase répétée deux fois : « Un cyclone de classe trois est en vigueur à Rodrigues ». L’annonce fait part de conseils, particulièrement marrants : « il est strictement déconseillé de sortir en mer », ce qui nous fait sourire à chaque fois. Entre ça et « à vos risques et périls »… On peut aussi y écouter de la musique : Claude François, Mireille Mathieu (les grands classiques immortels français) et le best-of des Cranberries (sans doute en hommage à la chanteuse décédée quelques jours plus tôt).

Visites de l’île, à pied et en voiture

Mercredi, le cyclone s’est déplacé sur l’île Maurice. Nous devions partir ce jour. Notre vol est annulé pour une durée indéterminée. Les déplacements sur Rodrigues sont de nouveau permis. Bernard nous conduit à Port Mathurin. Nous louons un véhicule afin de faciliter nos déplacements et profiter des quelques jours qui nous restent. Le soleil est de retour. Il ne faut pas être trop regardant quant à l’état de la voiture, mais au moins elle -le pick up- roule. Jérôme s’essaie à la conduite à gauche. Il s’en sort très bien (tant mieux, car Laurence ne veut pas conduire). La limitation de vitesse est limitée à 50km/h sur l’île et 35km/h dans les villes. Nous partons vers le sud-est pour une balade tranquille vers la Caverne Patate et la côte et nous découvrons le lagon qui a changé de couleur, en raison des ravines et des fortes pluies. Nous croisons des pêcheurs partis relever des casiers, et un autre qui tient une longue gaffe munie de deux dents en métal – c’est un chasseur d’ourites. On prend quelques minutes pour discuter. Au retour, nous sommes interpellés par des Rodriguais en voiture : « Bonjour, bienvenus à Rodrigues, bon séjour ! ». Nous commençons à discuter avec eux et au final entrons dans leur véhicule, la pluie arrivant. Rhislain, ambulancier, parle de la France, surtout de Nantes, qu’il a beaucoup aimé. Il s’y est rendu pour marier sa nièce.

Jeudi, nous partons marcher sur la côte, de la Pointe Coton à Trou d’Argent. Nous rencontrons des agents municipaux qui nettoient la plage après le passage de Berguitta. La journée oscille entre pluie et soleil. Nous déjeunons chez Solange et Robert, petit restaurant de bord de route. Ils proposent de la salade d’ourite et des grillades de poisson, poulet, saucisse au miel et saucisse baba. Le repas est un régal. Le lieu semble très prisé par les touristes français. La côte est belle avec toutes ses petites criques aux plages de sable fin.

Vendredi, nous randonnons dans l’Ouest, de la plaine Mapou à Camp Pintade, partie la moins habitée de Rodrigues. Clairement cette plaine est réservée à l’élevage du bétail (chèvres, moutons et vaches), en totale liberté. La journée est magnifique, ciel bleu et soleil. Gare aux coups de soleil, auxquels nous n’échapperons pas ! Le sentier balisé passe des plaines à la côte déchiquetée. Le panorama, fabuleux, donne sur la lagon et les îlots – île aux Cocos et île aux Sables. La difficulté est de trouver un endroit à l’ombre où déjeuner. Les sentiers sont bien balisés, mais il est difficile de savoir où ils nous mènent. Nous demandons notre chemin à un berger, puis à un habitant. Ils indiquent qu’il est possible de traverser les propriétés privées. Devant notre étonnement, ils répondent que les Rodriguais et leurs chiens sont tolérants vis à vis des touristes ! Au retour, nous passons devant une épicerie et prenons deux bières rafraîchissantes.

Mont Limon

Samedi, la brume a enfin quitté les hauteurs. Nous marchons de l’intérieur de l’île (de Mont Limon, point culminant à 398m) vers Grand Baie (côte Nord-Est). Le paysage est verdoyant et fleuri. Le sentier passe par des bois et des hameaux. C’est glissant, merci par le cyclone. Les moustiques sont présents, merci le cyclone.

Retour pour La Réunion via Maurice

Nous recevons un appel d’Air Mauritius : le vol est à 2h45 du matin – présentation à l’aéroport à minuit. Zut ! nous avons prolongé la location de la voiture jusqu’au dimanche en début d’après-midi. Nous rageons un peu, déjà que nous nous sommes faits avoir avec le plein d’essence, inexistant lorsque nous avons dû changer de véhicule.
La suite ne mérite pas qu’on s’y attarde : vol avancé à 00h40, arrivée à Maurice, rien n’est ouvert, pas de vol de correspondance pour la Réunion, attente de 10h à l’aéroport et communication niveau zéro d’Air Mauritius. Au final, nous arrivons à la Réunion dimanche après-midi.

Nous avons été bien contents que notre vol soit annulé. Nous avons pu profité de trois jours en plus sous le soleil. Seul regret, nous n’avons pu nager dans le lagon, ni prendre le bateau pour visiter les îlots les plus proches : mer houleuse et eau polluée par les ravines. Un autre séjour à Rodrigues sera peut être à envisager.

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